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MONOGR APIIIE l)G R E N TI E K.
vaste et sans profondeur. Le Rentier existe par les yeux, et son constant usage de celorgane en justifie l’hébêtement. La curiosité du Rentier explique sa vie, il ne vivraitpas sans Paris , il y profile de tout. Vous imagineriez difficilement un poème plusbeau ; mais ce poème de l’école de Delille est purement didactique. Le Rentier vatoujours aux messes de mort et de mariage, il court aux procès célèbres, et quand iln’a pu obtenir de place à l’Audience, il a du moins vu par lui-même la foule qui s’vporte. 11 court examiner par lui-même le dallage de la place Louis XV, il sait oit en sontles statues et les fontaines; il admire les sculptures que les écrivains ont obtenues dela Spéculation dans les maisons des nouveaux quartiers. Enfin, il se rend chez lesinventeurs qui mettent des annonces a la quatrième page des journaux, il se fait dé-montrer leurs perfectionnements et leurs progrès ; il leur adresse ses félicitations surleurs produits, et s’en va content pour son pays, après leur avoir promis des consom-mateurs. Son admiration est infatigable. Il va, le lendemain des incendies, contem-pler l’édifice qui n’existe plus. Il est pour lui des jours bien solennels : ceux où ilassiste'a une séance de la chambre des députés. Les tribunes sont vides, il se croitarrivé Irop tôt, le monde viendra; mais il oublie bientôt le public absent, captivéqu’il est par des orateurs anonymes dont les discours de deux heures tiennent deuxlignes dans les journaux. Le soir, mêlé à d’autres Rentiers, il exalte môsieu Guérin del’Eure , ou le commissaire du roi qui lui répliqua. Ces illustres inconnus lui ont rap-pelé le général Foy, ce saint du libéralisme, abandonné comme un vieil affût. Pen-dant plusieurs années, il parlera de M. Guérin de l’Eure , et s’étonnera d’être tout seula en parler.Quelquefois il demande : « Que devient M. Guérin de l’Eure ?—Le médecin?—Non, un orateur de la chambre.—Je ne le connais pas.—Cependant il aurait bienma confiance, et je m’étonne que le roà ne l’ait pas encore pris pour ministre. » Quandil y a un feu d’artifice, le Rentier fait a neuf heures un déjeuner dînatoire, met ses plusmauvais vêtements, serre son mouchoir dans la poche de côté de sa redingote, se dé-pouille de ses objets d’or ou d’argent, et s’achemine à midi, sans canne, vers les Tuile-ries . Vous pouvez alors l’observer, entre une heure et deux, paisiblement assis, lui eisa femme, sur deux chaises, au milieu de la terrasse, oit il reste jusqu’à neuf heures dusoir avec une patience de rentier. La ville de Paris ou la France ont dépensé, pour vinglmille bourgeois de cette force, les cent mille francs du feu d’artifice.Le feu a toujourscoûté cent mille francs. Le Rentier a vu tous les feux d’artifice, il en conte l’histoire àses voisins ; il atteste sa femme, il dépeint celui de I SI 5, au retour de l’empereur.
« Ce feu, môsieur, a coûté un million. Il y est mort du monde, mais dans ce temps-là, môsieur, on s’en souciait comme de cela ! dit-il en donnant un petit coup sec surle couvercle de sa tabatière. Il y avait des batteries de canon, tous les tambours de lagarnison. 11 y avait là (il montre le quai) un vaisseau de grandeur naturelle, et là (ilmontre les colonnades) un rocher. En un moment, on a vu tout en feu : c’était Napo-léon parfaitement ressemblant abordant de l’île d’Elbe en France ! Mais cet homme-làsavait dépenser son argent à propos. Môsieur, je l’ai vu, moi, au commencement dela révolution : pensez que je ne suis pas jeune, etc. » Pour lui se donnent les concertsmonstres, les Te Deum . Quoiqu’il soit pour l’indifférence en matière de religion, ilva toujours enlendre la messe de Pâques à Notre-Dame . La girafe, les nouveautés du