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MONOGRAPHIE DU RENTIER.
Muséum, l’Exposition des tableaux ou des produits de l’industrie, tout est fête, éton-nement, matière à examen pour lui. Les cafés célèbres par leur luxe sont encore créésPour ses yeux toujours avides. Jamais il n’a eu de journée comparable a celle de l’ou-verture du chemin de fer, il a parcouru quatre fois le chemin dans la journée. IlHeurt quelquefois sans avoir pu voir ce qu’il souhaite le plus : une séance de l’Aca-démie-Française !
Généralement le Rentier va rarement au spectacle, il y va pour son argent, et ilattend un de ces grands succès qui attirent tout Paris , il fait queue, il consacrea cette dépense les produits de ses économies. Le Rentier ne paie jamais les centi-mes de ses mémoires, il les met religieusement dans une sébile, el trouve ainsi,Par trimestre, quelques quinze ou vingt francs qu’il s’est volés a lui-même. Sesfournisseurs connaissent sa manie, et lui ajoutent quelques centimes pour luiProcurer le plaisir de les rogner. De la cet axiome: «Il faut toujours rogner les mé-moires. » Le marchand qui résiste a ce retranchement lui devient suspect.
Le soir, le Rentier a plusieurs sociétés: celle de son café, où il regarde jouer auxdominos; mais son triomphe est au billard, il est extrêmement fort au billard sansavo >r jamais touché une queue, il est fort comme galerie, il connaît les règles, ilest d’une attention extatique. Vous pouvez voir dans les billards célèbres des Ren-hers suivant les boules avec le mouvement de tête des chiens qui regardent les gestesde leurs maîtres; ils se penchent pour savoir si le carambolage a eu lieu, ils sontPets en témoignage, et font autorité ; mais on les trouve parfois endormis sur les ban-quettes, narcotisés l’un par l’autre. Le Rentier est si violemment attiré au dehors , ilobéit a un mouvement de va el vient si impérieux, qu’il fréquente peu les sociétés des a femme où l’on joue le boston, le piquet et l’impériale ; il l’y conduit et vienl laebercher. Toutes les fois, depuis vingt ans, que son pas se fait entendre, la com-pagnie a dit : — Voila monsieur Mitouflet ! Par les jours de chaleur, il promène safemme, qui lui cause alors la surprise de le régaler d’une bouteille de bière. Le jour011 leur unique servante réclame une sortie, le couple dîne chez un restaurateur,et s’y livre aux surprises de l’omelette soufflée, aux joies des plats gui rie se font^ len que chez les restaurateurs. Le Rentier et sa femme parlent avec déférence auKarçon, ils vérifient leur compte d’après la carte, ils étudient l’addition, font provisionde cure-denls et se tiennent avec une dignité sérieuse : ils sont en public.
La femme du Rentier est une de ccs femmes vulgaires, entre la femme du peupleet la bourgeoise a prétention. Elle désarme le rire, elle n’offusque personne , chacundevine chez elle un parti pris : elle a des boucles de ceinture eu chrysocale conser-ves avec soin ; fière de son ventre de cuisinière, elle n’admet plus le corset ; ellea eu la beauté du diable, elle cultive le bonnet rond, mais elle met parfois unchapeau qui lui va comme aune marchande de chiffons. Comme disent ses amies ,•a chère madame Mitouflet n’a jamais eu de goût. Pour ces sortes de femmes, Mul-house, Rouen, Tarare, Lyon, Saint-Étienne conservent ces modèles à dessins bar-bares et sauvages, a couleurs outrageusement mélangées, à semis de bouquetsHipossibles, a pois singulièrement accommodés, a filets mignons.
Quand le Rentier n’a pas un fils petit clerc en voie d’être employé, huissier