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Tome troisieme.
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MONOGRAPHIE DU RENTIER.

audiencier, greflier, commis marchand, il a des neveux dans l’armée ou dansles douanes ; mais fils, neveux ou gendres, il voit rarement sa famille. Cha-cun sait que la succession du Rentier se compose de sa rente. Aussi danscette Tribu les sentiments sont-ils sans hypocrisie et réduits a ce qu’ils doiventêtre dans la société. Il n’est pas rare, dans cette classe, de voir le père et lamère faisant de leur côté, pour soutenir un fils, un neveu, les mêmes efforts que leneveu, le fils font pour leurs parents. Les anniversaires sont fêtés avec toutes lescoutumes patriarcales, on y chante au dessert. Les joies domestiques empreintesde naïveté sont causées par certains meubles longtemps désirés et obtenus au moyende privations imposées. La grande religion des Rentiers est celle de ne rien avoir à au-trui , de ne rien devoir. Pour eux, les débiteurs sont capables de tout, même d’uncrime. Quelques Rentiers dépravés font des collections, entreprennent des biblio-thèques; d’autres aiment les gravures; quelques-uns tournent des coquetiers enbois de couleurs bizarres ou pêchent a la ligne sur les bateaux vers Bercy, sur destrains de bois où les débardeurs les trouvent quelquefois endormis, tenant leurcanne abaissée. Nous ne parlerons pas des mystères de leur vie privée, le soir, quiles montreraient sous un jour original, et souvent font dire avec une sorte de bon-homie féminine par leur indulgente moitié : « Je ne suis pas la dupe des rendez-vousde monsieur au café Turc. »

Plus on tourne autour de cette figure, plus on y découvre de qualités excellentes.Le Rentier se rend justice, il est essentiellement doux, calme, paisible. Si vous le re-gardez trop attentivement, il s’inquiète et se contemple lui-même pour chercher lemotif de cette inquisition. Vous ne le prendrez jamais en faute : il est poli, il admiretout ce qu’il ne comprend pas au lieu d’en plaisanter comme les individus du GenreHomme-Forts; il salue les morts dans la rue, il ne passe jamais devant une portetendue de noir sans asperger la bière ni sans demander le nom de celui auquel ilrend les derniers devoirs ; s’il le peut, il s’en fait raconter la vie, et s’en va donnantune larme a sa mémoire. Il respecte les femmes, mais il ne se commet point avecelles, il n’a point le mot pour rire ; enfin, peut-être son plus grand défaut est-il dene pas avoir de défauts. Trouvez une vie plus digne d’envie que celle de ce citoyen?Chaque jour lui amène son pain et des intérêts nouveaux. Humble et simple commel’herbe des prairies, il est aussi nécessaire a l’Etat social que le vert est indispensableau paysage. Ce qui le rend particulièrement intéressant est sa profonde abnégation : ilne lutte avec personne, il admire les artistes, les ministres, l’aristocratie, la royauté,les militaires , l’énergie des républicains, le courage moral des savants , les gloiresnationales et les araignées mélomanes inventées par le Constitutionnel , les palino-dies du Journal des Débats et la force d’esprit des ministériels; il admet toutes lessupériorités sans les discuter, il en est fier pour son pays. Il admire pour admirer.Voulez-vous apprendre le secret de cette admirable existence? Le Rentier est igno-rant comme une carpe. Il a lu les chansons de Piron. Sa femme loue les romans dePaul de Kock , et met deux mois a lire quatre volumes in-12, elle a toujours oubliéles événements du premier volume au dernier, elle mitige sa lecture par l’éducationde ses serins, par la conversation avec son chai ; elle a un chat, et ce qui la caracté-