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LE CANARI).
Lors un homme se présente,
—Je me trompe ils étaient deux.—D’un lit, d'un matelas vieux,
Ils viennent demander vente;
Et ce prétexte trompeurCachait un tissu d’horreurs.
La marchande prévenante,
Les reçoit avec bonté,
Leur <îit « Messieurs, choisissezPour le matelas, cinquante;
Pour le lit, quatre-vingt-cinq ;
Au plus juste, escompte : rien. »
« Parbleu î vous la donnez belle!Nous voulons avec ce prixUn traversin, disent-ils, »
Et tandis que sur l’échelleElle monte, un assassinD’un poignard lui fend le sein.
Aussitôt le secrétaireIls enfoncent, et l’argentIls prennent ; en même temps ;Cinq fourcheltes, dix salières,
Une timbale, un Christ d’orEt plusieurs choses encor.
Puis, le tout ils empaquètent;
Mais Dieu , qui tout voit d’en hautFit que monsieur Renaud,
Voulant aller à la fête,
Dit à sa fille : « Va-t’enEt ramène ta maman. »
Louise —Qu’on lui pardonne! —Joyeuse d’aller danserChez le papa Desnoyer,
A seize ans la chose est bonne,Court vite, et sur l’escalierRencontre deux estaliers.
Le premier, Louis Lesage,
Dit Jean Victor, de Toulon Sortait à peine, et son nomPlusieurs fois a fait tapage.
Dans plus d’un assassinatVols , crimes et cætera.
Jean Soufflard l’autre se nomme.C’est un forçat libéré,
A Brest il fut enfermé,
Pour des crimes dont la sommeS’élève à quarante et plus,
Quel infâme ! doux Jésus !
Lesage est dans la trentaine,Soufflard compte quarante ans,Mais de ces deux garnementsDire l’âge est chose vaine,
Car le crime en leur cœur durN’attendit pas l’âge mûr.
La fille frappe à la porte.
Mais personne ne répond,
Ma mère est dehors, voyons.Dit-elle, il faut que je sorte,Pour savoir si du voisin,
Elle est entrée au jardin.
Mais personne au voisinageN’avait vu femme Renaud,
« Mamz’elle elle est en haut, •Fit la portière, « je gage,
Qu’à cette heure un bon marchéMaine Renaud aura fait. »
La porte était non ferméeEt voyant venir l’enfant,Lesage à Soufflard dit : « Jean,Ferme et prenons la volée,
Il est temps de déguerpir,
Car la Rousse (I) peut venir. »
«Non, messieurs/reprit Louise,Me voici, ne fermez pas ;
Chez ma mère de ce pasJe vais, que Dieu vous conduise. *Pauvre tille, elle ignoraitDe ces monstres le forfait !
Nonobstant cette prière,
La porte ils ferment, soudainVers la rue où leur catinLes attend, ils se hâtèrent,
Et pour se défigurer,
Leur barbe ils ont dû couper-
Jean Soufflard avec AlineAlliette s’en vint loger,
Dedans la rue des Noyers,
Puis dedans la rue Dauphine,
, Peu après rue Saint-Marcel,
Non loin d’un marchand de sel.
Mais revenons à Louise,
Qui frappait incessammentLa porte de sa maman :
Elle vit, non sans surprise,
Sur le bord de l'escalier,
Du sang encor non caillé.
Grand Dieu ! dit-elle, ma mèreN’existe plus, ces chalandsDoivent etre des brigands,Courons avertir mon père.
Le serrurier et RenaudS’y transportent subito .
Ils trouvent la pauvre femmeEtendue sur le carreau.
Dans ses bras tout aussitôtL’époux la prend : déjà l’âmeMonlait vers le Créateur,
Le corps était sans chaleur.
De sang la chambre était teinte,Les meubles pareillement,
Sur les rideaux de devantl)u lit, on voit même empreinte,C'est là que les assassinsAvaient essuyé leurs mains.
Du quartier le commissaire,Escorté de ses agents,
Se transporte dans l'instantSur les lieux, et l’inventaireConstate trente-deux coupsDans le ventre ou dans le cou.
Longtemps la justice informe,Sans pouvoir rien retrouver;L’on allait abandonnerLes poursuites, quand Delorme,Constantin etBertbolraot,
Ont débrouillé ce chaos.
(I) La police.
Un quart d'heure après l’affaire,Sur le trottoir ConstantinVit un homme, et de sa mainS’échapper une salièreD’argent : «Ah ! dit-il, hein ! heiuOh ! l’ami, tu perds ton bien.»
Constantin qu’a la vue basse,
Les traits ne put distinguerDe cet homme, mais auprèsDe Bertholmol il repasse.Bertholmot heureusementGarda son signalement.
Puis la limonadièreDe la rue de Nazareth,
Deux passants a remarquéQui sont entrés ; et deux verresIls ont demandé soudain :
Leur regard était vilain.
On les sert : mais à la bièrePoint du tout ils ont touché,Mais l’eau ils l’ont consommée,Us l’ont consommée entière;C'était pour laver leurs mainsTeintes d’un sang assassin.
Dessus ces premiers indices,Louis Lesage et Jean SoufflardSont arrêtés, et plus tardOn découvre leurs complices :Alliette, Vollard, LevieilEt la femme Bicherel.
Six autres restaient encore,
On les a coffrés bientôt ;
Parmi eux André Micaud,
Qui les preuves corroborePar sa déposition,
Au juge d'instruction.
Pressé par sa conscience,
11 va faire des aveuxExtrêmement précieux,
U parie avec élégance,
Et n’aurait pas plus d’éclatQuand ce serait son état.
La procédure commence,
Jean Soufflard le rodomont,
Au témoin qui le confondParle avec impertinence ;Quoiqu’entouré de recors,
11 fait le drôle de corps.
Tous adoptent le systèmeDe la dénégation ;
Mais cette œuvre de démonSe renverse d’elle-même,
Et leurs contradictionsServent d'explications.
Sur l’ordre du juge on mèneAu domicile Renaud,
Lesage et Soufflard bientôt ;Mais sont-ils entrés qu'à peineToussaint, portier du logis,
Les voyant s'évanouit.
On prodigue l’eau des Carmes,Le vinaigre et puis des selsDe toute espèce ; au réveil,
Cet homme, devenu calme-Dit : « Je le reconnais bien;Oui, c’est lui, c’est l’assassin- *