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Tome troisieme.
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LE FLANEUR .

liS

police correctionnelle racontés par la Gazelle ; il sait mieux que le procureur du roi,mieux que le préfet de police, où et de quelle manière a commencé ce drame san-glant (style de réquisitoire) qui a épouvanté la société, et réclame de la justice ungrand et salutaire exemple. — Il sait Lien d’autres choses, ma foi. — 11 sait comments’élaborent les lois et comment elles s’exécutent; il possède le tarif des votes, le se-cret des improvisations de tel orateur, et le prix du dernier discours de tel autre. Hvous dira où se trouvent la plus belle galerie de tableaux et la plus riche collectiond’antiques et d’autographes ; a quel amateur appartient le seul portrait existant deRaphaël peint par lui-même, et quelle bibliothèque renferme les plus rares éditionsdes Aide et des Elzévir. Il sait encore quel heureux sportsman parisien possède lepremier pur-sang et le meilleur trotteur; quel sultan de théâtre, le plus joli minoisde soubrette, et quel corps de ballet, la jambe la mieux arrondie. Que dis-je? c’ést àlui que nous devons les plus précieuses découvertes et les inventions les plus mer-veilleuses. Qui nous révèle chaque jour les talents nouveau-nés? Qui a découvert der-nièrement mademoiselle Raehel perdue au milieu des utilités du Gymnase? — Undirecteur-flâneur. —Qui a trouvé le galvanisme?—Un physicien flânant sur sonbalcon en compagnie d’une grenouille. — A qui devons-nous la connaissance des loisde l’électricité, de l’attraction, de la pesanteur spécifique ? —A des savants, des natura-listes, des mathématiciens faisant l’école buissonnière —Qui a inventé la boussole?— Un marin jouant, pendant son heure de quart, avec un morceau de métal. — Quia inventé la poudre? — Un moine flânant le long des murs salpêtreux d’un vieuxcouvent. —Les arts, les sciences, la littérature doivent plus ou moins leurs progrèsjournaliers au flâneur. Us procèdent de lui et convergent vers lui. Il est le centre etle pivot social; il a plus fait pour la philosophie et l’étude du cœur humain que lesplus beaux livres et les plus savantes théories.

On a remarqué que les paresseux sont presque tous des gens d’esprit. On con-çoit, en effet, qu’il faut posséder en soi-même beaucoup de ressources contre l’en-nui pour vivre ainsi habituellement de son propre fonds, comme la marmotte de sapropre substance. Cette observation est particulièrement vraie â l’égard du flâneur-Mais il faut au préalable s’entendre sur les mots. Pour ceux qui font consister laparesse dans l’absence de toute occupation suivie, de tout travail régulier et d’uneutilité immédiate, assurément le flâneur est éminemment paresseux. Il faut remar-quer néanmoins que l’homme le plus occupé n’est pas l’homme le plus affaire,et que le travail n’est pas toujours une chose appréciable a l’œil. Le flâneur, *•est vrai, produit peu, mais il amasse beaucoup. Laissez venir pour lui l’âge dessouvenirs et de la méditation, cette période de la vie qui est comme le momentde la digestion des idées acquises, où tout se classe et s’ordonne dans le cerveaude l’homme â la faveur du calme profond de l’imagination et des sens; laissezsonner pour lui l’heure de la retraite, c’est-'a-dire des rhumatismes, de l’ophthal-mie et de la surdité, et vous verrez se résumer alors, sous la forme de romans demœurs ou d’œuvres philosophiques, les études profondes de cette vie en apparence siinoccupée et si futile. Vous vous étonnez quelquefois, a l’apparition d’un livre toutrempli de haute philosophie et d’ingénieux aperçus, d’apprendre qu’il est l’œuvre