LE FLANEUR.
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1111 '"""nie du monde, et peut-être d’un jeune homme que vous rangiez dédai-gneusement parmi ces désœuvrés dont la figure est partout et l’esprit nulle part,yez-vous donc que le monde s’apprenne dans la solitude, et que le cœur humainun livre qu’on étudie au coin du feu ? Je voudrais bien qu’il me fût permis deander sans indiscrétion a l’ingénieux auteur de la Physiologie du Mariage atj!* 0 ^ cs sources il a puisé cette profonde connaissance des plus inexplicables mys-1 es fie la nature féminine. 11 y a tel flâneur que vous méprisez, qui vous en diraitPou SUr 06 s "'' 01 A 116 tous ' es P ense urs et les moralistes ensemble.—Passe encoreur le s sciences positives qui s’apprennent par le secours de la tradition écrite : àl'a CS ~'' 1 c ' es sectateurs casaniers et des intelligences de plomb ; mais hors dea > dans les arts, dans les lettres, le flâneur est sur ses terres. Combien d’hommes
distfl (; flâne
1,1 Sués ont commencé par être d’obscurs flâneurs ! Qui ne connaît les habitudes: rie du plus puissant des orateurs de la chambre, et le caractère et les goûts
ar tiste de ce petit journaliste dont la révolution de juillet a fait tout a la fois un§ r and ministre, le plus habile jongleur de paroles, le plus fécond et le plus spirituelca useur de tribune? Demandez à ces deux hommes quel traité, la Rhétorique d’A-r ! st °te ou l’Orateur de Cicéron , leur a livré les fils électriques qui se lient mysté-r,e usement à chacune des fibres du cœur humain.
Mais c’est surtout la littérature qui possède l’élite de la flânerie. Les noms ici sePressent sous ma plume. La flânerie est le caractère distinctif du véritable homme deres. u e talent n’existe, dans l’espèce, que comme conséquence ; l’instinct de laerie est la cause première. C’est le cas de dire, avec une légère variante : littéra-. s parce que flâneurs. Le quoique serait une absurdité démontrée par l’expé-le Rce. Comprendriez-vous un littérateur, c’est-a-dire un homme faisant métier dePendre principalement les mœurs et les passions, qui ne serait pas vivement sollicitéUn secret penchant a observer, a comparer, à analyser, a voir par ses yeux, â""Prendre, comme on dit, la nature sur le fait ? Aussi voyez comme les exemples, "dent ! Le prétendu ermite de la Chaussée-d’Antin est un flâneur émérite qui^ a P" renoncer encore â ses habitudes de jeunesse. L’auteur du Tableau de Paris a11 flâner énormément. Quel plus grand flâneur que La Fontaine ? Rousseau a flânéPédant les deux tiers de sa vie, et employé le reste à raconter les flâneries très-peu•antes de sa jeunesse. Racine étudiait, comme on sait, le cœur humain dans les®°ulisses de la Comédie-Française , ce qui fait sans doute (soit dit en passant) que sesoines grecques et romaines ont une tournure toute française. Que dire de Ber-lar din de Saint-Pierre qui, après avoir flâné dans les deux hémisphères, passait desP’ 11 r nées entières a s’extasier éloquemment devant un fraisier chargé d’insectes micros-°piques, et qui ne trouvait d’admiration, en face des tours de la cathédrale de Rouen ,Pour les hirondelles voltigeant au-dessus de sa tête ? Si le touriste n’est autreUn flâneur en voyage, dans quelle classe rangerons-nous, je vous prie, le chantrel( da et de Réné ? Et qu’était-ce autre chose qu’une éternelle flânerie, que ces'lues pérégrinations sur les grèves de l’Océan, sur les bords de l’Ohio ou dunascebé, a travers les vertes savanes de la Louisiane ou sous les forêts murmu-f ’ s A" Kentuky ? Où en serions-nous aujourd’hui si un vague instinct de flânerie