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Tome troisieme.
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LE FLANEUR.

n’eût conduit le barde chrétien près des ruines de Jérusalem , ou parmi les tribusguerrières des Natchez auprès d’un vieux sauvage, poète et conteur comme lui? Q uln’a pas surpris, plus d’une fois, en flagrant délit de flâneries sur le quai des Au-gustins ou sur le boulevard du Temple , le savant linguiste, l’élégant écrivain don!la bonhomie si pleine de finesse a pu seule hériter légitimement de l’épithète ca-ractéristique accolée au nom de La Fontaine ? Qui ne connaît sa passion pour Polichi-nelle, son admiration pour Débureau et ses assiduités aux stalles des Funambules?Voici, â ce propos, une anecdote qui m’a été racontée par l’auteur même de Trilby•et qui prouve que le goût de la flânerie n’est pas plus incompatible avec l’élévation del’esprit qu’avec la gravité obligée des fonctions éminentes.

Lorsque M. Français de Nantes fut appelé a la direction de la librairie, il ouvritles portes de son administration â un grand nombre d’hommes de lettres, qui trou-vèrent ainsi, dans les loisirs d’une position aisée, les moyens de se livrer avec succèsa leurs travaux de prédilection. Parmi les écrivains privilégiés et les plus dignesde cette faveur accordée au talent, se trouvait le poète si gracieux et si pur qui fit,plus tard, Fragotella et la Vallée aux loups. M. Français de Nantes avait pour cedernier une estime et une affection particulières. Il l’avait nommé tout exprès aun emploi qui n’exigeait que peu de travail. L’heureux sinécuriste pouvait se pré-lasser et rêvera son aise dans le fauteuil bureaucratique, en attendant mieux. L’assi-duité était pour lui la seule condition obligatoire. Pendant trois mois tout alla pourle mieux dans la meilleure et la plus douce des administrations. A cette époque, 1®ponctuel bureaucrate parut perdre peu a peu le sentiment du devoir, cette religiondes femmes vertueuses et des employés irréprochables. Plus d’une fois ses confrèresétonnés échangèrent entre eux un sourire équivoque et des propos qui ne l’étaient pasdu tout, en voyant l’humble patère déshéritée du feutre accoutumé et l’infortuné fau-teuil d’acajou tendre incessamment ses bras dans le vide. Le scandale allait croissant,la gent gratte-papier s’en émut; le vent, ou tout autre indiscret de même genre, englissa la nouvelle, jusque sous la porte du cabinet particulier du directeur. Unjour, l’employé rétardataire était debout, la tête basse et l’air contrit devant sonprotecteur. Celui-ci avait, contre sa coutume, le front plissé et le regard sévère.

« J’apprends, monsieur, disait-il, que vous manquez a la seule condition quej’avais cru pouvoir vous imposer. Vos fonctions seraient-elles trop pénibles et puis-jeretrancher quelque chose â votre travail journalier pour l’administration? Vous ai-jefait une position trop diflicile? » Cela fut dit d’un tonde reproche amical qui touchavivement le coupable. — «Croyez, monsieur, que ma reconnaissance...— Pourquoi nepas m’en donner un témoignage qui vous soit utile â vous-même, en vous rendant exac-tement, sinon â vos fonctions, du moins â votre bureau, ainsi que nous en sommesconvenus ? — Allons, reprit l’employé visiblement embarrassé, après un instant d’hé-sitation et comme faisant un effort sur lui-même, je vois bien qu’il faudra déloger. —Comment, monsieur, répliqua vivement M. de Nantes se trompant sur l’intentionexprimée par ces paroles, est-ce l'a le témoignage de votre reconnaissance? — Pardon,monsieur le directeur, je voulais dire seulement que je serai forcé de quitter le loge-ment que j’occupe depuis quelques jours. — Je comprends, vous habitez la campagne,