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Tome troisieme.
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LU FLANEUK.

flexions et de sentiments qui s’éveillent et jaillissent tout a coup sous le regard exercéde l’observateur, comme la source cachée sous la sonde du géologue. Pour le vulgaire,l’enfant qui babille, qui pleure ou qui joue, n’est qu’un être incomplet, le plus faibleet le moins raisonnable de tous. — Pour le physiologiste, c’est le roi de la création quis’essaie, c’est l’homme avec ses instincts, ses passions, ses facultés natives qui serévèlent et trahissent peut-être ses destinées futures. L’homme du peuple, natureabrupte dont les caractères primitifs n’ont pu être effacés par le frottement social ;l’homme policé, énigme vivante, dont chaque action, chaque parole est un mensongeet, souvent, un piège; la femme, chimère insaisissable qui s’ignore elle-même,qui s’évanouit dès qu’on la devine et fait mourir ceux qui ne peuvent l’expliquer; lasociété, inextricable labyrinthe ; le monde enfin, cette grande énigme, plus grandeque toutes les autres, dont le mot est resté dans le sein de Dieu : tout existe, vit, semeut et pose pour l’observateur. Or, comme nous l’avons dit, qu’est-ce que leflâneur, sinon l’observateur en action, l’observateur dans son expressioii la plus élevéeet la plus éminemment utile?

Une dame nous demande si le flâneur est amoureux. — Un profond sentiment detout ce qui est beau est la première condition de sa nature.—Constant?—Hélas! de-mandez au philosophe quel abîme il y a dans le cœur de l’homme; au poète, s’il estde constantes amours; au voyageur, quel irrésistible instinct le pousse a cherchersans cesse de nouveaux sites, des climats plus doux et des ombrages plus verdoyants ;demandez au marin si son cœur n’est pas vaste comme l’Océan et changeant commeses flots, à combien de rivages il a amarré son navire et jeté ses affections, s’il a trouvéquelque part des contrées aussi belles à ses yeux que celles qu’il n’avait pas encorevisitées, et des liens capables de résister aux caprices des éléments et aux bourras-ques des passions. Ne demandons pas compte a la suprême sagesse des facultés répar-ties à chacune de ses créatures, ni au flâneur des imperfections inhérentes à son or-ganisation exceptionnelle; ne demandons pas a l’hirondelle pourquoi elle voltige, auruisseau pourquoi il serpente en fuyant, au flâneur pourquoi il flâne. Assez d’autresse plaisent aujourd’hui à dénigrer ce type aimable et léger de notre caractère nationalqui va s’effaçant chaque jour. Laissons aux aveugles le triste privilège de médire dela lumière, aux sourds de nier l’harmonie, aux sots ce qu’ils ne comprennent pas.Qui de nous ne sentira pas dans son cœur quelque secrète sympathie pour cet êtresi bon, si facile, si inoffensif et si gai qu’on appelle le flâneur? Qui de nous, en in-terrogeant sa conscience, osera se proclamer assez pur du péché de flânerie pourjeter au flâneur la première pierre? Qui êtes-vous enfin, vous qui lisez ces lignes?Et qui suis-je moi qui les écris?

Un flâneur.

Auguste de Lacroix.