-1
LES MENDIANTS.
Mous autres qui savons comment cela se fait,Plaignons, ô mes amis! ceux que l’on graciait.
Il en venait des monts, il en venait des plaines;
Un air alcoolique arrivait avec eux :
Ils desséchaient les fleurs a leurs chaudes haleines,
Et les prés jaunissaient sous leurs talons rugueux.Pendant les claires nuits , d’étoiles toutes pleines,
Les bois verts abritaient moins d’oiseaux que de gueux.
Et d’abord , on voyait accourir par centainesLes superbes Cagoux aux paroles hautaines.
Un long bâton noueux pendait â leur côté.Jeunes, forts et hardis, et de robuste allure ,
Ils laissaient sur leur col flotter leur chevelure ;Leurs beaux fronts reflétaient une âpre majesté.
Du royaume argotier c’étaient les dignitaires.
Aux règles de l’état, â ses rites connusUs formaient les enfants et les nouveaux venus.
Les libres vagabonds étaient leurs tributaires ,
Et quand ils en trouvaient mendiant sur leurs terres ,S’ils étaient les plus forts, ils les laissaient tout nus.
Puis venaient les Docteurs de cette école immonde ,Ceux qui fixaient des mots l’intrinsèque valeurEt dont la langue encor vit dans toute sa fleur.