LA MO LUS IL.
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plume qui orne l’élégant chapeau de velours épinglé. Ces coquilles de dentelle et cesmarabouts vaporeux ressortiront mieux a côté de l'humble bruyère et de cette touffede violettes ; la fleur aimée de Rousseau se penche avec plus de grâce auprès de I a *'grotte orgueilleuse, ell es grappes de perles de ce turban pendront comme des gouttesde rosée au-dessus des fleurs de l’aubépine a demi cachées sous les barbes flottantesde ce léger bonnet de blonde.—Prestigieux effet du grand art de l’étalage !
Un autre talent de la demoiselle de vente est de mettre au premier rang les chosesdestinées a éblouir, et de cacher, comme un trésor, les parures créées d’hier q lU ’les petites curieuses des autres maisons ne manqueraient pas de copier. C alici, comme dans beaucoup d’autres professions, la jalousie revêt différentes forme 5 ’pour s’approprier le succès ou les inventions d’une maison rivale. Quelquefoisune demoiselle se glisse incognito dans un établissement plus en réputation pour!acheter des modèles. Cette sorte de contrebande n’est pas sans quelque danger po lUcelle qui la fait : un accueil peu flatteur, voire une expulsion honteuse sont souvent lesseuls résultats de celle audacieuse tentative.
La demoiselle de vente a besoin aussi, pour satisfaire aux exigences de son art, d untact et d’une flnesse admirables. Vous la prendriez pour un conseiller désintéresse,quand elle s’empresse d’offrir a une jolie blonde des couleurs pâles, et sait persuade!'a sa cliente qu’il est de son intérêt de prendre ce chapeau qui demain l’aurait fort eiU'barrassée; car, encore un rayon de soleil, et il serait fané. Grâce aux mille séduc-tions de sa faconde commerciale, les formes vieillies, les couleurs passées de mode,disparaissent ainsi des armoires où elles gisaient abandonnées, et c’est toujourscomme en lui faisant violence qu’on l’en débarrasse.
Les demoiselles de vente sont prises, en général, parmi les plus expérimentées e (les plus capables de représenter dignement une maîtresse de maison : c’est le bataille 11d’élite.
Mais revenons a la jeune fille que nous avons aperçue tout a l’heure. Mademoi-selle Julia entre dans le magasin. C’est une petite brune a l’air mutin : elle est frise 0comme une femme qui va au bal, porte une robe de soie rayée, un cachemire fran-çais , des bottines vernies et des gants noirs, tille est a la fois en négligé et en toilette-Sa robe est faite en peignoir, et son cou s’entoure d’une chaîne d’or d’une grosseurremarquable ; son col garni de dentelle est fixé sur sa poitrine par une énorme broch eâ laquelle est attachée une seconde petite chaîne qui suspend une cassolette. Mad®'moiselle Julia a quelquefois des attaques de nerfs, des migraines, des spasmes qui secalment a l’aide des sels renfermés dans cette cassolette. Car n’allez pas croire, aVL>cses malignes compagnes, que c’est pour faire voir toutes ses richesses qu’elle « echarge ainsi d’un magasin d’orfèvrerie. —Or, mademoiselle Julia gagne trentefrancs par mois.
Julia monte dans l’atelier où se trouvent réunies douze ou quinze jeunes filles q ulcausent entre elles en formant plusieurs groupes ; car ce que disent celles-ci ne doitpas être entendu par celles-là. Ce sout les apprêleuses, ainsi appelées parce que lu 111lâche est de préparer les éléments de travail pour la première demoiselle. La plus l,a 'bile d’entre elles prend le titre de seconde.