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LA MO DI ST li.
vies tle la modiste; on défait avec rage, et refait en dépit du bon goût ce qui va êtretrouvé charmant il force de ridicule. Pour quelques-unes, c’est une profanation < lcleur donner ce qui est bien ; elles trouvent mieux le bizarre et l’extravagant. Celles-là tendent à l’originalité.
L’heure du travail a sonné; la première demoiselle distribue a chacune de sesélèves la tâche de la journée. L’ouvrage terminé, elle le reprend pour y mettre ladernière main, le façonne, l’embellit, et lui donne ce je ne sais quoi qui constitue I*perfection. «Voilà, Julia, un chapeau pour vous; c’est une tête de soixante numé-ros. — Ah ! quelle horreur 1 ce ne peut être que pour une Allemande : grosse tête,grands pieds, grandes mains... Total : jolie femme de Carlsruhe. » En disant cela, cl h'jette un regard malicieux à une grosse blonde placée vis-à-vis d’elle. Thomassine estAllemande et ne sait pas un mot de français . Elle regarde avec étonnement ses cama-rades qui lient aux éclats. «C’est mal, mademoiselle Julia, de vous moquer d’u |ieétrangère, reprend à son tour lîelzi, grande Anglaise à l’air timide et modeste, cequi ne l’empêche point de montrer ses épaules nues, selon la coutume des beautésd’outre-mer. — Qui vous dit, mademoiselle, que j’ai attaqué quelqu’un ici? Eh •mon Dieu , si je voulais faire un portrait, je n’aurais peut-être pas besoin d’aile 1 ’chercher bien loin l’original. Je pourrais vous dire, par exemple, que les Anglaisess’habillent comme des mannequins, marchent comme des soldats qui ont les jambestrop longues, et qu’on aimerait la fraîcheur et l’éclat de leur teint, si on ne sava> 1le prix du blanc et du rouge. — A propos de blanc et de rouge, reprend une petitebrune à l’air espiègle, n’avez-vous pas remarqué hier notre patronne? toute la jour-née elle était pâle comme le clair de lune, et le soir elle avait les plus jolies couleursdu monde; qu’en pensez-vous? — Vous êtes toutes des médisantes, répond vive-ment la première demoiselle; au moins, puisque vous voulez parler, parlez pb ,sbas. — Comme elle est triste depuis quelques jours, poursuit une toute jeune Ü 11 ®à l’air candide. Est-ce que sa maison tomberait? — Vous êtes bien sotte , ma pauvreenfant ; vous apercevez-vous que nous ayons moins à faire? — Est-ce qu’elle trom-perait son mari? demande Julia.—Fi! mademoiselle; un mari à qui elle doit tout-— En ce cas, c’est à d’autres qu’elle paie. »
Ce mot excite une hilarité générale b laquelle la première demoiselle ne peut s’em-pêcher de prendre part. « N’avez-vous pas remarqué, mesdemoiselles, continue uneblonde a l’air réfléchi, que toutes les marchandes de mode ont une histoire p a "reille? C’est toujours une demoiselle assez jolie qui sait travailler passablement, selait courtiser d’abord, et finit par se faire épouser, ou à peu près, par un hommeriche qui l’établit; alors elle prend sa revanche. Elle commande, fait travailler l eSautres, et travaille elle-même toute la journée... à sa toilette. Ne faut-il pas que ma-dame représente, lorsque par hasard elle daigne paraître en personne dans le ma-gasin? Quant a l’atelier, elle y est suffisamment représentée par la première demoi-selle; aussi ne s’y montre-t-elle guère que de loin en loin. Habituellement madamene quitte pas sa chambre à coucher, où elle ne reçoit que quelques élus, qui olltleurs petites entrées. Le soir, elle va se désennuyer des affaires au bal ou au spec-tacle. Pauvre femme! Il est vrai que quelquefois, par compensation, elle montre