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LE BOURREAU.
La province est toujours en arrière d’un siècle de la civilisation de Paris . C'est etdont je pus me convaincre, même pour l’art du bourreau, en voyant plus tard offi-cier Monsieur de Paris , non pas seulement dans une exécution d’aussi mince H 11 'portance que le carcan ou la marque, mais bien dans une opération capitale; et>voyant avec quelle propreté, quelle aisance et quel aplomb chirurgical, retrous saulà peine les parements de son frac, au milieu d’huissiers, de journalistes et de pl |l ' e "nologues, il amputa une tête humaine d’un seul coup de son immense bistouri-
J’avais assisté au premier supplice, à la flétrissure du corps et de l’âme des boni'mes avec la curiosité d’un enfant. Avec quel autre sentiment je fus témoin de 1 e *'termination de mon semblable. Oui, j’ai vu ces horribles choses, miserrima vi<l l >je les ai vues plus d’une fois comme l’étudiant dissèque plus d’un mort, afin <1®chercher le remède des vivants. Il y a des travaux pénibles, odieux, mais nécessairepour le moraliste, car il faut s’approcher du mal pour le connaître, et il faut le counaître pour le guérir. Or en toute circonstance j’ai toujours trouvé, comme j aldit , un exécuteur preste, sans gêne, sans souci, faisant son métier de tuer |eShommes, comme s’il se fût agi de les sauver.
Tel est le bourreau, cet ultima ratio de l’ordre social, la pierre sommaire san slaquelle, prétend-on, l’édifice croulerait. Quel édifice, grand Dieu ! que celui qui aune pareille clef de voûte ! l’humanité est-elle donc si encline au mal, qu’il lui fa'^ eabsolument ce terrible contre-poids? Et quand on pense que le.bourreau ne fo» 1 'lionne pas seulement dans les cas de criminalité civile, qu’il peut moissonner jusqu®dans le champ politique, qu’il ne se nourrit pas seulement des restes de bagnes, q u 1a de temps en temps le privilège du Minolaure, le plus beau sang d’Athènes , chairfraîche et jeune, régal d’ogre habitué a vivre du rebut de la société ; quand on pei ,seque les quatre sergents de la Rochelle ont payé cet impôt capital au bourreau de I*restauration ; que dernièrement, sans la réclamation de tout un peuple, une autrevictime était déjà marquée pour le payer à notre exécuteur; quand on pense q 11 *vec l’élasticité des lois de septembre, la moindre divergence d’opinion peut s’étendre jusqu’à la peine de mort, vraiment on a tout lieu de s’épouvanter pour so fmême, de se demander si à moins d’être incarné royaliste, d’avoir le roi au corp-ion est bien sûr de la solidité de sa tête sur ses épaules ; si on est sûr enfin de I,epas voir un jour ou l’autre, mieux que je ne l’ai dépeint, l’exécuteur des hau^œuvres dans l’exercice de ses fonctions.
Quand on pense enfin que couper la tête d’un homme c’est contredireD ieU ’qui, créant cet homme à son image, lui a donné l’infini et lui a dit : Crois et rriui 11plie; que c’est dire au contraire : Tu ne croîtras ni ne multiplieras; que c’est vol ell’avenir, borner l’infini, tarir une source, nier un principe, détruire une souch®qui aurait pu porter quelque jour un Newton ou un Molière ; en vérité, il f aquoi confondre le plus juste des jugements des hommes devant l’immensité de ceSconséquences.
Je conçois tout au plus la peine de mort et le bourreau dans le passé, dans les
tenU ,s
antiques, avec la barbarie, alors que l’humanité était b l’état d’enfance et n’ava' 1pas encore atteint l’àge de civilisation, en un mot, pendant l’ère de matériali siue