4 26 LE SÉMINARISTE.
son iils dans ses bras. Souvent il arrive a Benoît de s’oublier des heures entière*!prosterné aux pieds de Marie.
Le dimanche est réellement un jour de fête pour le séminariste. Ce jour-l'a il nes’occupe pas de ses études profanes : il va a la paroisse, assiste a la grand’messe, auprône, à tierce, àsexte, knone, aux vêpres, a complies, au salut, a tous les offices, eI1un mot. Quelle douce joie il éprouve quand le sort ou le choix de son supérieur le <le-signe pour faire quelque cérémonie, pour porter la croix, le flambeau ou l’encensoir •Alors, soit qu’il endosse la tunique brochée d’or, ou la chape k grands ramages, ° ul’aube bordée de dentelles, il regarde d’un air de triomphe ses camarades moins fa-vorisés, et qui, vêtus plus simplement, s’acheminent deux a deux vers leurs stalle*'Regardez Benoît faire son entrée au chœur : les deux ailes de son surplis blanccomme la neige s’agitent en frémissant derrière son dos ; il porte pieusement etavec grâce son bonnet carré serré contre sa poitrine ; sa tête est légèrement inclinéevers l’épaule gauche ; ses cheyeux blonds, partagés par une. raie blanche et correcte)encadrent son visage pâle et retombent en anneaux longs et flottants sur son cou. Ns’avance jusque devant l’autel, s’incline profondément, et va s’asseoir a sa place. E* a 'minez-le durant la célébration du service divin. Il commence par réciter prompte-ment et k voix basse l’office du jour; puis, dès qu’il a fini, il prend le petit livre veique vous connaissez déjà, et qui ne le quitte jamais, et se met k réciter avec ardeurles litanies de la Vierge. Cette prière l’exalte, le transporte, l’enivre ; ses joues se co-lorent, son œil étincelle, son cœur bat violemment. 11 respire k peine, quand il s écriedoucement et d’une voix entrecoupée : « Sainte Vierge des vierges, priez pour nioilMère aimable', Vierge fidèle, Cause de notre joie, Vaisseau spirituel, Rose mysti-que, Tour d’ivoire, Étoile du matin, priez pour moi, priez pour moi ! » Bientôtson âme se détache de la terre, ses lèvres deviennent immobiles, ses paupières seferment. Des voix suaves, des sons mélodieux résonnent a son oreille; il entrevoit)sur un char de nuages, la vierge Marie , couronnée d’étoiles, qui lui sourit et le re-garde d’un œil bienveillant. Benoît passe a considérer cette ineffable vision, I e5plus beaux moments de sa vie. Alors il lui semblerait doux de mourir et de souffrir lemartyre pour aller rejoindre dans le ciel la reine des anges ; alors il envie le sort desaint Louis de Gonzague et de saint Stanislas Kostka , qui, jeunes comme lui, ont eu I ebonheur de quitter cette terre d’exil et d’être appelés au céleste séjour.
Les pieuses visions de Benoît sont quelquefois troublées par des apparitions profanes)par des réminiscences frivoles. Quelquefois, au milieu de ses mystiques coutenipla-tions, il pense a ses jeunes années, il se souvient des jeux de son enfance ; il se rap-pelle avec délices les petits camarades et les petites filles qui, le dimanche, s’eu allaient avec lui dans les prés poursuivre les papillons. Alors son imagination s’enhar-dit et s’égare peut-être pendant quelque temps dans des rêveries un peu mondaines;mais dont le pieux enfant ne manquera pas de s’accuser a sa prochaine confession-
A dix-huit ans, Benoît termine sa rhétorique, remporte selon sa coutume plusieuisprix, et reçoit, comme dernière récompense, la tonsure. Cette couronne cléricale 1 U1paraît plus précieuse que les diadèmes des plus grands rois de la terre. Il quitte lamaison où s’est écoulée son adolescence, où il a fait ses études classiques, et va da»*