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Tome troisieme.
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LE TOURISTE.

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f’oinl encore parti pouv Palis, je vais donc pouvoir vous piloter, vous initier a ce'lu’ils appellent des merveilles ! Pour moi je ne trouve que le calé Anglais et 1 Opéravéritablement merveilleux après vous, notre merveille littéraire! le ne veux plusv °us quitter, je veux être votre guide, nous dînerons ensemble tous les jours. Déliez-V( Hts surtout de messieurs tels ou tels, ils sont ennemis nés de votre talent, ,1e vous‘tonnerai des notes excellentes, je vous sacritie tout ce que j’ai pu rassembler !

h’ami revient le lendemain muni d’une foule d’opuscules et de notices. Le tou-lis le littéraire est enchanté de trouver ainsi sa besogne toute faite; il s’inquiètePende la partialité ou de l’ignorance de ce Pylade improvisé. Le Pylade dîne aux( la is de son cher maître; il demande pour lui les meilleurs vins, il le gratifiea fable des noms les plus pompeux, des éloges les plus extravagants. Lorsque letouriste littéraire s’est couché, après avoir ceint son front de poète du pacifique bon-Uetde coton, il est tout a coup réveillé par une musique infernale qui ferait croirea Une levée de chaudrons et de pincettes contre un nouveau député. C’est l’aubadeu hligée que lui impose son ami, il se voit dans la nécessité de paraître en casque amèche à sa fenêtre, et de faire une allocution poétique à quelques imprimeurs en-thousiastes ou payés.

De retour dans ses foyers, le touriste littéraire ne manque pas d’écrire au moins‘luatre pages dans son livre ou dans une revue, sur cette bizarre ovation. On a dételéSa voiture ( notez que la scène se passait a la fenêtre de sa chambre a coucher ), on l’ae nivré de vin de Champagne et de flots d’harmonie (c’était une flûte et un cornet aPiston du petit théâtre de... ). Sic itur ad aslraf Mais il faut bien que le libraire duSt'and homme croie du moins a sa gloire !

h me reste à dire un mot du plus mirifique d’entre les touristes, le touriste qui" apas vu. Le docteur Rumphius prétend que dans l’extase, le rêve ou l’ivresse, cei-gnes images se gravent si avant dans notre cerveau qu’elles finissent par y incrustera la longue un monde réel, une sorte d’atlas dont nous pouvons épeler les pages. Lel°Uriste qui n’a pas vu, mais qui ne vous entretient pas moins avec assurance deMonuments et de contrées qui existent, est la preuve vivante de ce curieux phéno-mène. Il devine un lac par intuition, une montagne par instinct. Laissez-le faire, etH vous développera le plan de Waterloo ou des Pyramides. Cela doit etre ainsi, ditl‘‘ touriste qui n’a pas vu, et il vous cite tel auteur, car si cet homme n’a pas vu, il aprodigieusement. Ce n’est pas qu’on ne l’ait cru bien souvent dans l’Inde ou l’A-t'ique, mais il était conlînéà Passy ou aux Batignoles.

Il résulte de tout ce que nous venons de dire que chaque touriste importe partoutSes habitudes et sa tente ; le mol de touriste implique l’égoïsme proprement dit. Pour1111 touriste aimable, vingt ennuyeux, c’est la règle. Mais dans cette lanterne ma-S*que qu’on nomme le monde, il existera par bonheur de si admirables vues, que leshommes représentés sur le devant avec le classique manteau de voyage, si laids et sigrotesques que le pinceau du badigeonueur les ail faits, disparaissent devant le ravis-Sa nt aspect des monts el la teinte harmonieuse du paysage.

ROUER DE BEAUVOIR