LA DEMOISELLE LIE COMPTOIR.
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fecette nuit chez elle aux manifestations du sentiment. Ses plus grandes laveurs sontl outes dans un regard furtif où le commerce entre pour moitié. De plus, elle n’a nicaprices ni besoins ! c’est une femme inattaquable. Actrice, on pourrait compter desa part sur un semblant de passion ; grisette, on serait porté à intéresser son laiblec^ur, mais elle échappe a la tentation par un travail de tous les instants, a la pau-v reté par ses appointements. Les malheurs de ses heureux amants n’enlèvent rien asa réputation et ajoutent quelque chose a la fortune de son tenancier.
Le moyen cependant de se dérober à ses avances, soit qu’elle les fasse ou qu’elle enreçoive ! Le prix d’un article a l’air d’un compliment dans sa bouche ; on en mar-chande plusieurs et on les achète parce qu’on les a marchandés. On lui fait faire vingtcornets pour voir vingt fois comment elle en fait un, pour avoir l’occasion de louerUn e main parfaite et de penser la même chose d’un bras plus parfait que la main. On®rrive ainsi au billet de banque croyant n’en être encore qu’a son premier écu ; lePortefeuille du client se vide et le comptoir se remplit. L’or emportant nécessairement1 idée d’un plaisir, il faut croire qu’on a joui beaucoup puisqu’on a beaucoup dépensé.
C’est de la demoiselle de comptoir qu’on peut dire sans hyperbole aucune : mange-t-elle? c’est un mystère. Son couvert n’est mis que pour la forme à la table de sonCésar Biroteau. Au milieu du va-et-vient perpétuel que sa profession entretient ai’avant-scène de son théâtre, elle se nourrit dans l’arrière-boutique, comme Érigone,
quelques fruits enlevés au dessert. Elle abandonne aux lourds appétits de son chef'Je commerce les tranches de bœuf sec et les éternels haricots de Soissons , dont secompose l’ordinaire très-ordinaire de la maison. Son appétit d’oiseau-mouche estencore une économie.
De ce qu’elle est apte aux transactions les plus délicates et les plus multipliées, vousla croiriez versée dans les secrets intimes du cœur humain, au courant de cette di-plomatie de sentiment qui se traduit en in-8°. 11 n’en est rien cependant. La de-moiselle de comptoir en est encore a l’A B C de la passion contemporaine. Les•‘êves de Lélia n’ont jamais troublé le sommeil de quelques heures que lui octroiela règle monastique de son établissement mondain. Elle ne connaît que par de vaguesochos le nom de G. Sand, et n’a vu qu’une seule fois en sa vie la Duchesse de laVo-uballï'ere, drame simple de M. Balissan de Rougemont; Tivoli est son conte desMille et une nuits.
En fait d’héroïnes, en existe-t-il beaucoup qui soient a sa hauteur? sans parents,sa »s amis, sans protecteurs, sans vice et sans contrat, n’est-ce rien que de s’impro-v, ser une destinée ; de soutenir de ses faibles épaules le fardeau d’atlas d’une colos-sale — style de comptoir — industrie ; de s’implanter, de son chef, dans la libre laPlus organique du commerce parisien.
H serait facile d’abuser de notre titre pour interpréter toutes les physionomiesPlus ou moins de notre sujet, bouquetières, modistes, boulangères, chapelières,charcutières et autres femmes artistes qui donnent du relief a l’iconographie pitto-•esque du Paris moderne. Nous remarquerons seulement la tendance des demoi-Se lles de comptoir â faire adjectif. L’enthousiasme populaire n’en a qu’un pour dé-S| Kner la belle, ehapelière, limonadière, lingère ou n imporle quelle autre lemnte de