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Peler souris, disait en se haussant sur la pointe du pied a M. Duponchel, dontelle cherchait a capter entièrement la bienveillance : je ne suis pas de celles qui onteefusé de monter dans la gloire du lac des fées, parce qu’elle n’était pas assez so-lide. — C’est a l’occasion d’un de ces Rats enchevêtre dans une bande d’air , au grandeffroi du public, que la divine Taglioni a parlé sur le théâtre pour la première et' a seule fois de sa vie. — Rassurez-vous, messieurs , il n’est rien arrivé de fâcheux.
Telles sont les propres paroles de cette nymphe idéale qui, jusque-la, n’avaitParlé qu’avec ses pieds et que tout le monde croyait muette comme une statuegrecque.
Pendant la représentation, lorsqu’il n’occupe pas la scène, le Rat qui est très-légè-rement habillé d’ailes de papillon, de nuages de gaze et autres étoffes peu propres àconcentrer le calorique, se tient debout sur les grillages des bouches de chaleur, espa-cées de coulisse en coulisse, se promène avec une de ses compagnes et cause avecRuelque diplomate ou quelque secrétaire de légation, ou bien il répète son pas aufoyer de la danse, grande pièce ornée du buste en marbre de la Guimard , et toutrécemment encore des lanternes chinoises de la Châtie métamorphosée en Femme.Cette salle coupée en deux par un plancher de rapport, formait autrefois le salon dePltôtel Choiseul ; l’on n’y peut entrer que chapeau bas. Quelquefois lorsqu’il ne paraîtRue dans les premiers actes, le Rat rentre dans la salle et monte dans cette partie duthéâtre qu’on appelle le four, près des loges du cintre et des bonnets d’évêque. Deoiauvaises langues prétendent que le spectacle est la chose dont on s’y occupe le moins.
La représentation achevée , la pauvre lille dépouille définitivement le maillot, re-prend ses habits de ville et descend par le couloir où stationnent les galants quiu’ont pas leurs entrées dans les coulisses, privilège fort rare qui n’est accordé qu’auxmembres du corps diplomatique, aux lions fashionables et aux sommités du journa-lisme; la danseuse prend le bras du préféré qui l’emmène souper, et la reconduitcitez elle ou chez lui selon la circonstance.
Voici le côté public, théâtral non muré, de l’existence du Rat; le côté intime estdifficile a décrire dans un recueil pudibond ; il est viveur enragé, soupeur féroce, etsable le vin de Champagne comme un vaudevilliste : ses mœurs, si l’on doit donner cenom a l’absence complète de mœurs, sont excessivement licencieuses et très-régence ;les phrases équivoques et les plaisanteries en jupons très-courts, les mots sans feuillede vigne abondent dans sa conversation d’un cynisme a embarrasser Diogène . Cette al-ternation perpétuelle de pauvreté et d’opulence, de privations et d’orgies, cet oubli par-fait de la veille, du lendemain et surtout du présent, ces habitudes élégantes et igno-bles, cet argot empruntéaux saltimbanques et aux gens du monde, forment un caractèrePiquant, original, d’une grâce dépravée, d’une allure bohémienne tout a fait propre àréveiller la fantaisie blasée des dandis et des beaux-fils, quelquefois même l’amour ; carc es petites filles sont presque toujours fort jolies, contre l’idée du public qui ne peut sefigurerune fille de théâtre qu’avec de fausses dents, des yeux de verre, des maillots rem-bourrés,des corsets gonflés de ouate, des cheveuxachetésa la foire deCaudebec,un teintcouperosé, une peau jaune et rance qui n’a d’éclat qu’aux lumières. Les femmes du"îonde répandent très-activement ces idées préservatrices; mais il n’en est pas moins