L'HOMME OU PEUPLE.
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h’honnne <lu peuple est aussi libre qu’il veut l’être ; seulement, il s'estime plus malheu-eeux que lorsqu’il était sujet et peut-être que lorsqu’il était serf. Or, ceux qui demandent•ju’il soit plus libre l’égarent, ceux qui redoutent ses récriminations le calomnient.
Un merveilleux poëine existe depuis des siècles, et depuis des siècles aucune pagen’en a vieilli, quoique des révolutions de peuples se soient allumées ctse soient élein-•es sur la tombe de l’auteur, sombre Italien qui lit semblant de vivre de la vie desautres hommes pour ne pas trop les effrayer en venant a pas lents au milieu d’eux. Cethomme avait le visage vert, le nez qui s’abattait sur la bouche, la bouche ironi-•ine, les joues tristes, le regard incommensurable ; il s’appelait Dante, il avait vul’enfer, il en écrivit l’histoire. Dans quel endroit pensez-vous qu’il alla pour étudierla terrible scène où se passe l’action de son livre? Il resta dans sa patrie, il demeuradans sa ville, il 11 e sortit pas de chez lui. Dante se mit a la croisée, et de là, le frontdans ses deux mains, il regarda passer son époque; le cortège était beau : des papesadultères, des princes vendeurs de peuples, de jeunes cardinaux empoisonnant l’hos-tie destinée à la communion ; il vit passer à la lueur de ces rellets d’or la guerre ci-vile, cette femme ivre et nue ; la peste, ce vautour au bec jaune ; le parricide, lafamine, et il dit cela si bien et d’une voix si dolente et si précise qu’après cinq centsans écoulés, chaque fois que nous relisons le passage où Ugolin va manger ses fils,nous nous essuyons les lèvres.
Je sais un enfer aussi noir, plus populeux, plus terrible que celui de Dante : quen’ai-je la main assez forte pour en peindre les profondeurs ! La tête me tournerait.Il est des sujets qui, pour les faibles, sont des tours bâties sur des abîmes! Voyons-le à vol d’oiseau, sans évoquer Virgile de sa tombe.
11 est à peine jour ; c’est l’hiver ; il vente de la neige dans le brouillard ; le sol estune mare glacée. Ces ombres malheureuses, ce sont dix mille créatures de Dieu ,nos égales, vieillies par la misère, amaigries par la faim. Le front nu, les jambesnues, un balai à la main, elles poussent la Itouc de rues en rues jusqu’à l’égout,