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laines ressemblances caractéristiques qui ne lui permettaient pas de se méprendresur l’intention de l’auteur. C’était bien la charge du chef d’orchestre, non pas simple-ment grotesque et amusante, mais pleine de malice et d’allusions directes à cer-taines imperfections qu’il aurait voulu pouvoir dissimuler à ses propres yeux,bientôt la maudite figure se multiplia d’une manière effrayante; il la vit partout, sursa partition, sur le dossier de son fauteuil, sur sa caisse à violon, sur les murs dufoyer des artistes. On finit par se la passer de main en main, jusque sous les yeux demon malheureux confrère, qui u’osait sévir, dans la crainte de donner une nouvellePrise a la raillerie, en rendant hommage, par une imprudente colère, au talent, ausuccès du Pasquin de l’orchestre. Mais nous avons encore d’autres sujets de préoc-cupation dont l’un surtout a une certaine gravité, ce sont les prétentions, les cabalesp t la jalousie de notre second, ou si vous voulez, du sous-chef d’orchestre. A partquelques exceptions fort honorables, cet artiste est notre ennemi familier. S’illecherche notre intimité, c est pour découvrir dans nos faiblesses et nos imper-fections un point de mire aux facéties des loustics de notre orchestre. Du reste,il a sa coterie qu’il fait habilement donner, aux jours des grandes manifestationsPour ou contre nous ; il est l’âme des émeutes dont notre autorité est le but ; vis-à-visdes siens, il se drape en victime de notre odieuse jalousie et des craintes que son talentnous inspire; enfin l’une de ses plus constantes sollicitudes est de saisir les moindresoccasions de se révéler au public, en montant à notre place sur le siège de com-mandement. Aussi la plupart de mes confrères se feraient-ils traîner mourants surfeur fauteuil, plutôt que de céder un seul jour à leur suppléant l’archet conducteur.
« Le chef d’orchestre a-t-il conjuré temporairement tant d’éléments de trouble etd’agitalion, il lui reste une dernière source d’inquiétude, qui n’est pas la moinsamère, je veux parler de la critique des grands et petits journaux. Bien que nousayons l’habitude d’affecter extérieurement une superbe indifférence pour les déci-sions du feuilleton, il n’en est pas moins certain que ses éloges nous chatouillentjusqu’au spasme, que ses moindres sévérités nous arrachent secrètement des cris deCouleur, et que son silence nous laisse dans une inexprimable tristesse. Ordinairementnous nous consolons par des railleries plus ou moins acérées sur l’incompétence desfittérateurs; ou bien nous relevons avec un soin méticuleux les imprudences quef’article qui nous atteint a pu commettre en parlant la langue de notre art. »
Ici je erns devoir interrompre mon illustre interlocuteur, pour l’invitera prendrequelque repos ; il m’assura qu’il n’éprouvait aucune fatigue, et s’empressa de con-tinuer :
« Jusqu’à présent, mon cher hôte, je ne vous ai guère montré que le mauvaiscôté de cette pièce du grand médailler des types français , qui s’appelle le chef•l’orchestre; il est temps d’appeler votre attention sur la face opposée. Sans doute,monsieur, les épreuves attachées à notre emploi sont grandes, et exigent une tremped’âme peu commune; mais je dois à ma conscience d’avouer que nous ne manquonsPas de compensations. Et d’abord, monsieur, nous sommes chefs; nous exerçons,dans les limites du règlement, une suprématie sans contestation bien sérieuse, carnoire pouvoir repose sur une base qui manque aux plus hautes institutions de la
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