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Tome troisieme.
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LE C1IIÏK D’ORCIIESTllF.

2!) I

qui s'offre u ma pensée est le chef d’orchestre des comédiens de province. Voilà ,monsieur, une destinée malheureuse, s’il en fut jamais. Écoutez plutôt : tous les ans,à la même époque, on voit s’abattre à Paris , vers le mois d’août, une nuée de pauvreshères, au teint hâve, à la ligure triste, à l’habit râpé et étroitement boutonné sur lapoitrine. Ce sont les bohémiens du monde lyrique et dramatique qui viennent cher-cher du travail, c’esl-à-dire débattre un modique engagement qui satisfasse aux sim-ples exigences de la vie matérielle, avec les directeurs de théâtre, accourus aussi à cetteépoque, des départements, pour recruter leur personnel sur ce marché de sujets.C’est là qu’ils arrêtent également leur chef d’orchestre. Celui-ci est ordinairementun jeune artiste sorti sans emploi de notre école de Paris, ou quelque violonémérite de nos théâtres de boulevard, que des nécessités de position obligent àreprendre de l’activité. Les émoluments de l’emploi s’élèvent rarement au-dessus de1000 francs,et les services que le directeur exige du titulaire sont presque au-dessusdes forces et de la patience humaines. Journellement occupé à d’interminables répé-titions où il se trouve en lutte continuelle avec les vanités du personnel delà troupe,il devient en outre la victime, surtout de la part de mesdames du chant ou de ladanse, d’une foule de persécutions de détails contre lesquelles sa bonhomie ou soninexpérience le laissent sans défense; puis ce sont des sobriquets, des jeux de mots,sans fin sur quelques syllabes élastiques de son nom, sur une coupe d’habit surannéesur une négligence de toilette, ou quelque imperceptible déviation de taille. Vis-à-vis du directeur, ses relations ne sont guère plus agréables. Armé d’un règlementqu’il a seul rédigé, et où abondent les dispositions afflictives, ce dépositaire d’uneautorité sans limite ne laisse guère échapper les occasions d’épuiser, à son profit, lechapitre des amendes. Il est rare, d’ailleurs, qu’il se pique d’exactitude dans le solde<les émoluments et même que sa probité s’effarouche d’une retenue indéfinie... »Tout à coup, la voix de M. I(... fut couverte parle bruit d’une musique mili-taire qui traversait la rue. 11 se leva, se rapprocha de la fenêtre, et, reconnaissant lenuméro du régiment : « Je m’en doutais, dit-il, c’est l’ami Robert, le meilleur chefde musique militaire que nous ayons en France . Quel heureux état que celui de cesmessieurs ! quelle position digne d’envie ! un orchestre sévèrement discipliné et àleur discrétion absolue, des émoluments suffisants, un grade dans l’armée; en tempsde guerre, de fréquentes occasions de se faire un titre aux plus flatteuses distinctions;pendant les loisirs de la garnison, des leçons particulières, un emploi dans les or-chestres de théâtre, dans les concerts publics, des gratifications dans une foulede circonstances, puis la faveur particulière du corps des officiers, surtout du co-lonel et de sa femme, qui regardent avec raison le chef de musique comme la pro-vidence de leurs soirées; quelle destinée! Disons-le, le chef de musique sait s’enrendre digne par le dévouement qu’il apporte à l’amélioration incessante de sonorchestre, par ses éludes particulières, par ses efforts pour justifier ce titre d’artistedont il se montre si vivement flatté. Il fut un temps, monsieur, où le chef de musi-que militaire trouvait un puissant motif d’encouragement dans une circonstance bienautrement intéressante pour lui que les concours que vous avez institués aujourd’huientre les musiques de régiment; je veux parler de cette aristocratique messe de midi a