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LE FAT.
ift§ 'est pas fat qui veut ! Cel axiome est plus vrai qu'iln’en a l’air.
Car pour être doué de ce merveilleux défaut, ilfaut au préalable avoir bien la conscience, non de ceque l’on vaut, mais de ce que l’on croit valoir, c’esl-a-dire qu'il ne suffit pas d’être jeune, beau, bienfait, de charmer tous les coeurs ; qu’il est encore né-cessaire d’être bien convaincu de sa perfection, sur-tout de l’adoration perpétuelle, générale cl particu-r ’"' is lière de ce qu’on appelle galamment — d’aucuns
diraient communément—la plus belle partie du genre humain.
Bien que, dans le dictionnaire, fat veuille dire impertinent, il ne s’ensuit pas de làqu’a son tour impertinent signifie fat. L’impertinence par elle-même est chose gros-sière, commune, insolente, de mauvais goût et de mauvais lieu ; la fatuité, au con-traire, est l'impertinence policée, une impertinence élégante, distinguée, propre,fashionable, de bonne société, une adorable impertinence, si je puis m’exprimer ainsi.
Il y a deux espèces premières de fat : l’homme qui l’est naturellement, de bonnefoi, qui est né fat, comme on naît brun ou blond ; et l’homme qui le fait, ou dumoins qui veut le paraître. Le premier peut avoir de l’esprit, le second, jamais ; l’unest artiste, l’autre, manœuvre. Le fat artiste offre très-peu de variélés dans son es-pèce ; je n’en connais que deux : le fat de beauté et le fat d’esprit. Le premier estnaturellement jeune et beau, il a surtout des dents et des cheveux admirables — je'ous ferai observer en passant que sans cheveux ni dents il n’y a pas de fat possible —il soigne excessivement ses mains, ce qui les fait paraître très-belles ; mais ce à quoi ilni. '58