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Tome troisieme.
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LE FAT.

gulièrement trois lettres par jour par la petite poste; celle la tuile était toute pour souportier :il ne pouvait supporter l’idée quecet homme le supposât sans relations aucunes.

Le domestique du fat manœuvre est en tout l’opposé du valet d’Albert ; autant l’autreest froid, discret, silencieux et actif, autant celui-ci est brouillon, indiscret, ba-vard et, paresseux ; â lui le monopole de compromettre les amours vrais ou si-mulés de son maître ; de jour en jour plus insolent â mesure qu’il croit qu’on abesoin de lui, il ne met plus de bornes a ses exigences, aussi fat que celui qu’ilsert, et du même genre de fatuité, la fatuité manœuvre, il feint quelquefois debrouiller ses conquêtes avec celles de son maître. — Qu’est-ce que c’est que ça '■

— Adieu, mon chérit! Agathe, dit Albert lisant, en appuyant sur le t du molchéri, un très-joli billet satiné, orné des armes de comtesse, que son valet vientde lui remettre d’une manière ostensiblement mystérieuse, devant ses amis à undéjeuner de garçon.

— Aye!... aye... que monsieur daigne me pardonner... reprend Frank on Jean...ou Tom, — c’est encore une fatuité domestique d’avoir un nom anglais , — quemonsieur daigne me pardonner, répète-t-il, feignant visiblement un embarras àtravers lequel perce une joie mal déguisée, — c’est... c’est pour moi...

— Pour toi, coquin, reprend le fat manœuvre, par ma bonne lame de Tolède !

— terme chevaleresque remis en fureur par le très-spirituel Roger de Beanvoii—ces valets veulent singer leurs maîtres, ils font des conquêtes... tout comme nous...et celte Agathe est quelque grisetle, couturière, lingère, ou quelque chose appro-chant, n’est-ce pas, maraud?

— C’est une dame de l’Opéra, monsieur, répond Frank en se redressant d’un petitair d’épicier vainqueur.

— Allons donc, butor. — Notez qu’il entre dans le caractère du fat manœuvred’accabler son domestique d’épithètes injurieuses.

— C’est la cousine de la femme de chambre de cette fameuse danseuse qui étaitfolle de monsieur la semaine dernière.

Ce dernier trait d’audace clôt la discussion. Achille remit le billet a son valetet dit en se retournant vers les convives:

— Parlons d’autre chose, mes amis.

Ce qui évidemmentdevaitse traduire par ces mots:—Parlons decettedanseuse,amis.

Enfin, je n’en finirais pas si je prétendais dépeindre toutes les variétés de l’espècedu fat manœuvre, j’en ferais des volumes entiers si je voulais ; mais outre que ces por-traits sont déjà faits par des gens fort habiles, et dans les champs desquels il ne meconvientpas de glaner, les limites de cet article ne me permettant pas de m’étendredavantage, je me borne donc, pour l’édification de mes lecteurs et leur instructionparticulière, à leur citer ce peu d’exemples, et à leur répéter cette phrase insidieused’un de nos plus habiles écrivains.

Brillât Savarin , de gourmande mémoire, a dit dans son livre admirable: «Toutle monde mange, mais l’homme d’esprit seul sait manger ! »

A mon tour, voilà ce que je-prétends : Tout le monde peut faire le fat, maisl’homme d’esprit seul sait l’être ! Eugénie Foa .