I.E PHARMACIEN.
doses réitérées d’élixir de Garus, l’amphitryon se lança an dessert dans des disser-tations médicales. Il avait, disait-il, empiété avec le plus heureux succès sur les pri-vilèges des membres de la faculté : il avait guéri en moins de trois semaines une femmeattaquée d’un opiniâtre coryza; une potion anti-helmintique, qu’il avait préparée lui-même, avait débarrassé un enfant d'un nombre incalculable d’enlozoaires. Peu cou-lent de délivrer une multitude de malades d une multitude d'affections aiguës etchroniques, noire médecin-marron avait expérimenté son talent sur les animaux, elséché les larmes de plusieurs douairières sur le point de perdre leurs chiens fa-voris ! Enfin, croyant qu'il était de son devoir de soumettre le fruit de ses observa-tions au public savant et éclairé, il composait un ouvrage intitulé : Nouveau systèmede médication véijélale, applicable en hiver comme en été, et remplaçant avecavantage des remèdes illusoires et des palliatifs dangereux .
Ces confidences eurent pour effet de faire fuir successivement tous les convives, etje les aurais suivis dans leur évasion, si je n’avais eu le malheur de céder à une in-vincible somnolence. Je fus réveillé par la voix de mon ami, qui me disait d’un Ionde reproche :
« 11 me semble que vous dormez.
— Mais, oui, répondis-je, c’est l’effet d’une digestion pénible.
— Tant pis; voyons votre pouls. »
Il me serra délicatement le poignet entre l'index et le pouce, et compta gravementles pulsations.
« Un peu d’irrégularité, dit-il, un peu d’irritation fébrile. Vous ferez bien de vousmettre a la diète pendant quelques jours, et môme de prendre quelques bouteillesd’eau naturelle de Sedlitz. J’en fabrique d’excellente.
— Vraiment, mon cher, répliquai-je en souriant, vous avez manqué votre voca-tion. Vous auriez dû être docteur en médecine.
— Ah ! que ne le suis-je ! s’écria-t-il avec un soupir. Je rougis de traiter clan-destinement ceux qui s'adressent a moi parce que leur médecin habituel refuse deles purger.
— Quoi ! il ne vous suffit pas de débiter des remèdes, et vous voulez encore enprescrire !
— Ce serait double profit, et puisque je suis par mes connaissances en état defaire honneur a la Faculté , je ne vois pas pourquoi j’en serais exclu.
— Faites-vous donc recevoir docteur, et n’en parlez plus.
— J’en ai eu souvent le désir, et je mourrai avec le regret de ne l’avoir pas sa-tisfait.
— Qui vous en empêche ?
— D’abord, la difliculté de passer mon examen de bachelier ès lettres. Jeserais obligé,pour y parvenir, de rapprendre le grec que j’ai oublié, ou plutôt que je n’ai jamaissu, puis d’étudier l’histoire, la rhétorique, la philosophie, les mathématiques, que jene possède qu’imparfaitement. »
Il résultait de celte énumération que mon savant ami ne savait presque rien.
« Mais, du moins, reprit-il, si je n’ai pas le droit d’ordonner des remèdes connus,