LE PHARMACIEN.
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dispositions. L’automne lui plaisait, non par ses joyeuses vendanges, niais parses fièvres intermittentes, et il saluait avec joie l’hiver escorté de rhumes, de catar-rhes et de fluxions.
L’apparition du choléra fut pour lui une bonne aubaine. Pendant que les ta-pissières roulaient il la fosse commune les victimes de l’épidémie et de l’empirismemédical, Iionnisson, dûment imprégné de chlorure et de camphre, amoncelait dansson escarcelle les tributs de la peur et de la souffrance. Il y a des gens intéresséspar métier à tenir ouverte la boîte de Pandore, et si la peste noire, la lèpre, le maldes ardents, ou tout autre fléau du bon vieux temps revenaient désoler la France ,ils auraient, certes, des adorateurs parmi les médecins, les pharmaciens et les croque-morts.
N’allez pas croire cependant que Bonnisson fût un être exclusivement avide et égoïste,cherchant toujours son bien dans le mal d’autrui. Non; il était bon et secourable'al’occasion. Plus d’une fois ( suivez son exemple, ô pharmaciens ! ) il accorda aux ma-lades indigents un crédit illimité. Une femme tombait-elle en défaillance? Bonnissonaccourait armé d’un flacon d’éther. Un passant était-il renversé par une voiture?Bonnisson le recevait sanglant entre ses bras. Un buveur demeurait-il sur le trottoir?Bonnisson lui prodiguait l’ammoniaque liquide..S’élevait-il une de ces rixes tropfréquentes entre ouvriers? l’officine de Bonnisson était l’asile des blessés. Heureuxdans leur misère ceux qui recevaient une tuile sur la tête, ou se cassaient un membre,ou étaient frappés d’apoplexie, car ils jouissaient de la satisfaction d’apprendrequ'il est encore en ce siècle mercantile des vertus libéralement exercées 1
Au gré de Bonnisson, le ciel ne récompensait pas assez promptement son mérite.Sa clientèle était circonscrite a son quartier, et il eût voulu voir défiler devant soncomptoir, des députés de toutes les parties de la France . Il eut un moment envie de sefaire pharmacien homéopathe, et de remplacer ses drogues par des dix millionnièmesde substances infinitésimales, ce qui permet d’emporter son fonds sous son bras,comme le père Anchise ses pénates. 11 fut aussi passagèrement tenté d’aller s’installerrue de la Paix, et d’y fonder une pharmacie anglaise.
« Quelle spécialité lucrative ! se disait-il en contemplant un jour une des apotheca-ries halls de Paris . A ce que je vois, on ne vend guère la dedans que des sels et despoudres, Chellcnhain salis, purified Epsom salis, Preston salts, Rochelle salts,
salis o f Lenton s. Que de sels !_et que de poudres!... On dirait que les Anglais ont
inventé toutes les poudres imaginables, sans compter celles dont on attribue la décou-verte a leur compatriote Roger Bacon , genuine india currie powder, effervercirig li -monade powder, soda poivdev, plaie powder, gingerbeer powder, looth powder,improved sodaic powder, butler’s taseless seulliiz poivder. Avec ces compositions,des sauces au piment, du savon de Windsor, du macaroni, du thé, du vermicelle, despilules apéritives et des pilules digestives, j’aurais un superbe fonds de pharmacieanglaise. Quel est le premier besoin des Anglais ? celui de manger. Quels sont chezeux les maladies dominantes ? des indigestions. »
Bonnisson résista toutefois a ces velléités britanniques.
Un soir, il avait invité a dîner plusieurs amis (j’étais du nombre). Échauffé par des