3 28 L’II Mil TUÉE DU LUXEMBOURG
guère. » C’est que madame de Morangy est blonde, et la robe qu’elle attaque est jaune.Sa placesouslesmarronniersest marquée d’avance, et presquegardée parla loueuse:les adorateurs arrivent, plus tard, comme un vol d’abeilles sur la rose qui va tomberet dont elles bâtent la chute.
« Tiens ! que dites-vous de ce spencer chatoyant qui passe ?
— C’est gracieux, coquet, de bon goût.
— Le nom de l’héroïne ?
— Inconnu.
— C’est bon un jour, demain ou ne le regardera pas. Voici pourtant une injure ànos faiseuses, et certaines bourgeoises ont parfois quelque chose qui ressemble ildu goût.
— On les compte, madame.
— Ce monsieur Ernest est une satire vivante.
— Baronne, mettez au masculin, dit M. deSalerne.
— Oh! monsieur, c’est un couplet de vaudeville.
— Dont je ne me fâche nullement, madame, poursuit Ernest ; monsieur ne s’estpas compris lui-même.
— Allons, je ne veux pas que la discussion continue, on a les yeux sur nous.
— C’est une habitude de tous les jours, madame, réplique Ernest galamment ; iln’est question ici que de vos somptueux dîners, de vos élégantes soirées, et surtout devotre toilette dont la gracieuse simplicité....
— Vous ne savez ce que vous dites : les diamants et les rubis ne sont jamaisde la simplicité. La simplicité, c’est la misère, c’est l’impuissance; la simplicitéen morale, c’est la bêtise ; dans la vie réelle c’est la pauvreté : rien n’est simplecomme ce que vous venez de dire, et vous devriez faire un tour de promenade avecArthur.
— Il est si simple de vous obéir, madame, que je n’attends pas un nouvel ordrede vous. »
La brouille paraît sérieuse, je m’attache aux pas du jeune homme justement offenséqui dit a son ami Léon de moitié dans sa rancune : « Cette femme est insuppor-table, autant par ses qualités personnelles que par les airs de suffisance qu’elle em-prunte a la situation d’indépendance qu’elle s’est faite. Elle s’ennuie à mourir, ellene vit que de ses épigrammes, et griffe en minaudant comme une femme qui ne veutpas qu’on suppose de colère dans son âme. Elle ne vient ici, croyez-moi, que pourpersuader a ceux qui la remarquent qu’elle n’a rien a faire. Ce qu’elle désire avanttout, ce n’est pas qu’on sache que sa maison est bien tenue, ses réunions très-confor-tables, ses valets bien payés ainsi que ses mémoires ; mais que chacun soit convaincuque toules ses heures sont des heures de loisir.
Vous voyez quelques habituées du jardin occupées, en causant, d’une broderie,d’une lecturo passagère; elle, madame de Morangy, se tiendrait pour déshonoréede loucher il une aiguille ou aune bande de mousseline. Elle est exacte ici autantque les statues. Eh bien, écoulez-la , elle n’est contente de rien , elle ne se plaît alien. Si le vent souffle, elle ne voudrait que le calme de l’air le plus parfait; si la