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lu ise garde le silence, elle accuse la monotonie de l’atmosphère ; quand le sol eslsec, elle gronde les gardiens qui ne songent pas a la santé des promeneuses; etsi l’on arrose , elle assure que c’est une inondation projetée, un déluge pourchasserle monde, et qu’on veut faire des Tuileries une école de natation.
Madame de Morangy sait la gêne ou la prospérité des maisons de commerce, lessouffrances qui pèsent sur une industrie quelconque, les mésaventures de (elle outelle famille ; et le soir ou le lendemain, elle en égaie ses visiteurs. Une gazette eslmoins perfide, car si elle parle à plus de monde, du moins a-t-elle un contrôle dansle démenti public. Je te jure que madame de Morangy n’a jamais dit une véritévraie.
— Tu la juges avec bien de la rigueur, mon ami ; n’y aurait-il pas en ce momenichez toi cette exagération que tu reproches à ton ennemie intime, et n’est-elle pas lerésultat de ta rancune?
— Point; je me fais ici l’écho de toutes les langues, et je suis d’autant plus hcroire que je les ai longtemps combattues. Au surplus, tant pis pour elle, si elle séparede ses ridicules ; mais ce que j’ai plus de peine a lui pardonner, c’est sa manie invé-térée des mariages. Elle marierait, je crois, l’empereur de la Chine avec sa femmede chambre, pour peu qu’elle se le mît en tête. Si elle vient seule maintenant auxTuileries, c’est qu’elle a donné deux de ses nièces h deux jeunes provinciaux adroite-ment attirés chez elle ; ils n’étaient qu’imbéciles, ils sont devenus sols. Et commenlle contraire aurait-il pu arriver? Les jeunes filles la suivaient constamment auxbals, aux théâtres, a la promenade. Madame de Morangy esl comme l’ambre quidonne son odeur atout ce qui l’approche. Ses deux neveux sont si heureux dans leménage qu’elle leur a fait, qu’ils viennent de partir, l’un pour un voyage en Orient,où il doit séjourner six ou huit mois: l’autre pour Calcutta qu’il doit habiter trois ouquatre ans; c’est le moins à plaindre. Dès qu’on se coudoie avec une parente demadame de Morangy, il est prudent de prendre un passeport à une ambassadeétrangère.
— Diable ! tu me tentes ; moi, qui meurs d’envie de visiter les Indes .
— El le ridicule?
— Peu de personnes en meurent, beaucoup en vivent; vois si elle maigrit.
— C’est vrai, la ceinture de madame de Morangy emprisonnerait trois taillescomme celle de madame de Sarolles, qui passe l'a près de nous. — A-t-elle aussi quel-que nièce à marier?
— Oh! celle-ci, c’est un type tout différent; avec elle, mon cher, il y a plus ’acraindre de la médisance que de la calomnie. Elle est légère, inconséquente et follemais irréprochable sur tout le reste. Je connais vingt de nos plus élégants qui sontmorts a la peine. Tous ont reçu des espérances, mais pas un seul n’a obtenu de ren-dez-vous, un billet, une ligne, un mot de sa main ; verba volant.
— Que veut-elle donc?
— Un mari, rien qu’un.
— C’est peu.
— Elle trouve quoc'esl assez, veuve il vingl ans, e . "x-liui! mois.