■»5(> L’DABI TUÉE DU LUXEMBOURG .
Les frelons bourdonnent, les papillons voltigent, ses oreilles et ses yeux ne portentrien jusqu’à son cœur.
— C’est peut-être qu’il est trop plein?
— Oui, trop plein de vide.
— Est-elle jolie ?
— Très-jolie; mais son premier mariage la tient en garde contre un secondmaître.
— Et son premier époux est mort pur de sarcasmes ?
— Comme au temps de l’âge d’or.
— A ce compte, elle n’est point amie de madame de Morangy.
— Que dis-tu? elles se détestent.
— Cela n’empêcherait pas qu’elles ne fussent intimes.
— Oui ; mais, dans la haine de madame de Sarolles, il y a quelques grains demépris, et tout effort pour les rapprocher serait inutile. L’obstination de cette der-nière a été jusqu’à l’héroïsme, tant l’autre y mettait de vanité.
— 11 parait qu’elle l’a échappée belle ; et tu la dis jolie?
— Elle est plus que cela, elle est piquante et naïve à la fois. Un jour que je lasuivais depuis plus d’une demi-heure, je l’aperçus donnant l’ordre à une loueusede lui apporter une chaise a côté d’une chaise isolée. Je me hâtais, je pris le devantet je jetai là un billet, comme on fait quand on court après toute bonne fortune. Elles’assit, elle toucha du bout de son ombrelle le papier, je crus qu’elle allait le lire.Eh bien ! non ; elle le froissa dans ses gants, puis elle le déchira, sans seulement cher-cher à voir si quelqu’un avait les yeux sur elle.
— Et tu appelles cela de la vertu?
— Essaie ce môme stratagème sur madame de Morangy; on rira bien peut-êtredu billet, mais on le lira et l’on en tirera profit et vanité.
— Quelles mœurs que les mœurs des Tuileries !...
— Comme celles de partout, mon ami, ni plus ni moins ; seulement il y a ici plusd’éclat dans la chute, comme dans le triomphe. Les femmes, vois-tu, ne pardon-nent qu’après avoir puni ; une fois vengées, elles redeviennent bonnes et généreuses ;elles aiment à faire couler des larmes, ne fût-ce que pour les essuyer, et le jardindes Tuileries est un jardin de femmes. Tiens, vois cette ceinture de fleurs qui rivali-sent si bien avec celles qui parent ces riches carrés.
— Voilà un madrigal digne de Dorât.
— Non, j’aime mieux que tu parles encore de madame de Sarolles.
— Je te préviens que je tiens infiniment à mon état de garçon.
— Peut-être me remercieras-tu un jour de t’avoir convaincu.
— Parle.
— De la coquetterie de cette jeune femme à de l’effronterie, il y a une distance in-commensurable. Habituée assidue des Tuileries , elle y vient, je te l’ai dit, pourchercher un mari, car son cœur a besoin de ne plus s’appartenir. Eh bien , si parhasard elle le trouve, si elle souffre les hommages d’un honnête homme, celui-cin’aura encore rien fait pour son bonheur à lui , et madame de Sarolles sera d’au-