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que jour, et nous les verrons bientôt revenir à la vie commune et s’élever a unehauteur normale. Hélas! les pauvres brutes, savez-vous qu’ils ne se croient pas deshommes?...
Ils sont pourtant aristocrates et très-aristocrates, je vous jure. Il y a parmi eux.comme partout ailleurs, des rangs, des catégories, des préférences, des exclusions,les élus et les maudits. A quelques pas de la barrière de Fontainebleau, il existe uncabaret fréquenté spécialement par les chiffonniers, et qui porte pour enseigne uneespèce de cruche noire, avec cette devise au-dessous: « Au Pot blanc. » L’ex-chef dela police desûreté, le publiciste Vidocq, ayant eu naturellement à s’occuper des chif-fonniers, a visité ce cabaret longtemps avant nous. Voici, a peu près textuellement,ce qu’il en dit dans un de ses ouvrages :
« Les chiffonniers sont divisés en trois classes : ce n’est pas seulement dans l’exer-cice de leurs fonctions que cette distinction a lieu; elle existe même au Pot blanc.Pour ne point mettre leur hoteriote n contact avec les mannequins et les serpillières,les chiffonniers de la première classe se sont emparés de la plus belle chambre ducabaret : elle leur appartient exclusivement, et pour bien indiquer sa destination,ils l’ont nommée chambre des pairs . Les porteurs de mannequins, à leur exemple,se sont emparés d’une autre pièce qu’ils ont nommée chambre des députés. Enfin,les membres de la dernière classe, forcés de se contenter de la plus mauvaise pièce,ont écrit au-dessus de la porte : Réunion des vrais prolétaires. »
Cette prédisposition a s’affubler de privilèges et à se blasonner, démontre beau-coup mieux que nous ne saurions le faire, tout ce qu’il y a de souffrances parmiles pauvres parias de notre civilisation. Quoi donc ! ce sont ceux-l'a même qui bri-sent les écussons aux jours de crises, qui battent les armées de la royauté, le plushaut et peut-être le plus lourd privilège de notre temps, ce sont eux, et cela aunom de l’égalité ! — ce sont eux qui se détournent de l’égalité divine, l’égalité na-turelle, l’égalité du malheur ! — Faut-il se plaindre? faut-il gronder?...
Ni l’un ni l’autre. Les temps ne sont pas venus.
Un mot seulement :
O prolétaires ! ô députés ! ô pairs de France ! voici bien longtemps que la guerreexiste entre vous, enfants de la terre ! Avez-vous peur qu’il y ait trop de joie et defélicité dans ce monde, vous qui abandonnez, quand vous ne les bannissez pas, leshommes malades au lieu de chercher a les guérir. Croyez-moi, messeigneurs, prenezune autre voie. Plutôt que d’aiguiser vos dents les uns contre les autres, aimez-vousen frères, les grands et les petits, et pensez quelquefois'a cette pâle chiffonnière qui,elle aussi, se plaît dans la pourriture humaine, aime la fange dans les haillons et lesmanteaux d’or, boit les ulcères h pleine bouche et sans cracher ; terrible porte-hottequi vous ramassera tous, et qu’on appelle La mort !
I>. A. Berthaud.