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Tome troisieme.
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LE COMMISSAIBE DE POLICE.

envois, sans autre indication, a monsieur le commissaire de police. Il se rencontrepar-ci par-l'a des commissaires bénévoles qui acceptent et s’efforcent de 11e pas com-prendre la perfidie de ces cadeaux. Mais d’ordinaire, ils sont renvoyés immédiate-ment : car le commissaire de police comprend trop bien le langage de ces galettes quilui disent :

« Nous sommes l’œuvre d’un boulanger pauvre, mais voleur. Laissez en paix nosbalances, monsieur le commissaire. Si nous 11e rognons pas a la pratique une petitepart, comment y trouverons-nous la nôtre, ô respectable magistral ! »

Ces bouteilles de bordeaux ont aussi leur éloquence, et leurs bouches vermeillessemblent distiller ces paroles insinuantes :

«Je suis le marchand de vin du Cheval rouge, monsieur le commissaire. Ledi-manche au soir et le lundi, la piquette et le vin bleu se débitent si bien ! Buvez monbordeaux, mais ne me fermez pas mon cabaret h minuit. Je n’ai chez moi que deshonnêtes gens, ils paient si bien ! Monsieur le commissaire, cela mérite considéra-tion, et mon bordeaux aussi. »

S'il voulait les écouter, les bonnes volailles, les oies grasses et les dindes farcieslui diraient encore :

« Une guinguette est une guinguette, monsieur le commissaire ; le peuple aime às’amuser, laissez donc le cancan prendre ses ébats, et permettez a la chahut de seproduire de temps a autre. L’honnête fille ne fait de mal à personne, monsieur lecommissaire. «

Mais il est inflexible, lui, le commissaire de police; il renvoie tout, en répétantd une voix solennelle :

Timeo Danaos et dona ferentes ;

c’est-à-dire je crains les boulangers, les cabaretiers et les ménétriers jusque dansleurs présents. (Traduction libre de commissaire de police.)

A côté de ces séductions grossières il en est d’autres d’une nature autrementdangereuse et attrayante. Exemple : Une jeune personne qui a éprouvé des malheursa soutiré dans un moment de distraction la bourse de son amant favori; monsieur lecommissaire de police vient l’arrêter : lamentations, supplications et larmes de lademoiselle. « Monsieur le commissaire, laissez-moi fuir, tout ce que j’ai est à votredisposition. » Et la suppliante est jolie, et elle pleure, et le désordre de la situation

dévoile aux yeux du commissaire des choses. Pleurs et beautés perdues! Le

commissaire 11c voit rien, n’entend rien, et d’un cœur impitoyable, il envoie l’ingénueau Dépôt méditer sur les tristes conséquences de la distraction.

Vous voyez donc, messieurs, et vous, mesdames, jugez-en par ce dernier trait,combien est rare et prodigieux le mérite d’un commissaire de police.

Donc ne vous moquez plus de Bilboquet; imitez-le bien plutôt lorsqu’il découvreson chef en disant : Par permission de monsieur le maire et de monsieur le commis-saire de police.

Alexandre DufaI.