LE COMMISSAIRE DE POUCE.
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cée au côté gauche de l'enceinte, est spécialement réservée au commissaire de po-lice, qui, ce jour-l'a, fait le service de la salle. Vous y verrez aussi un cabinet oubureau, où le commissaire rédige tous les soirs son compte-rendu de surveillance, et,s’il y a lieu, dresse son procès-verbal de contravention : ce qui arrive le plus ordi-nairement, quand l’heure du spectacle ne se termine qu’après minuit. Aussi faut-ilvoir les soins, les attentions délicates, les complaisances infinies du directeur, ducontrôleur, et des ouvreuses pour monsieur le commissaire, madame la commissaireet les petits commissaires, s’il y en a. (Notons, en passant, que si l’on voit souventdes commissaires de police mariés, il en est beaucoup d’autres qui sont, demeurentet meurent célibataires. Pas de règle générale à cet égard.)
Le public est disposé a croire qu’un des avantages incontestables du commissairede police, c’est d’être à l’abri des voleurs. Eh bien, pas du tout, Les voleurs con-servent pour le commissaire de si vifs sentiments d’amitié ou de reconnaissance,qu’ils prennent toujours l’occasion de se rappeler à son bon souvenir. Ils lui emprun-tent sa montre, son manteau, ses lorgnettes jumelles, sa canne ou son parapluie,auquel cas le commissaire de police se montre d’une bienveillance inexprimable, ets’abstient toujours charitablement d’en dresser procès-verbal.
Dans son quartier, dans sa ville ou sa petite ville, le commissaire de police règneet gouverne avec pleine autorité, sauf ses redevances aux seigneurs suzerains que laloi lui impose. A son passage, et durant le cours de sa revue journalière, chacun l’é-coute et le salue respectueusement. Lcsjours de fêtes ou de foires annuelles, il déploieson plus beau tricorne, sa plus éclatante écharpe, et partout donne ses ordres, es-corté de deux sergents de ville en guise d’aides de camp. Marchands, saltimbanques,colporteurs, cabaretiers, chansonniers, chevaux et écuyers, éléphants et écuyères,tout passe par ses mains et doit subir son inspection et son approbation première.Il est libre de replacer, jusqu’à pleine et absolue conviction, sa tête dans la gueuledes hyènes civilisées. Il dispose, en vrai pacha, de toutes les femmes sauvages, jaunes,noires ou cuivrées, qui, bon an mal an, nous arrivent par centaines de tous lescoins de la France . On les lui habille, on les lui déshabille: il peut les contemplerdans leur état primitif, qui n’est point du tout sauvage; et, d’ailleurs, pour lui prou-ver au juste leur bon naturel, ces dames sont toujours prêtes à se civiliser avec lui.L’heureux homme!
Place est réservée à monsieur le commissaire, à sa famille et à ses amis, s’il désirevoir Bobèche ou Polichinelle, ou la grande ascension de mademoiselle Zéphvrine, oule grand écart sur trois chevaux de mademoiselle Nathalie, première écuyère dugrand Cirque-Olympique .
Heureux, trois fois heureux le commissaire de police !
Mais, voyez ! tant de gens ont intérêt à le gagner, qu’on lui prodigue les plus sé-ductrices avances. La corruption prend pour l’atteindre toutes les formes, et les pluséloquentes, et les plus irrésistibles. Elle arrive en sa maison sous forme de galettesdorées et. appétissantes, de grands paniers remplis de bouteilles, qui décèlent leurbordeaux , de belles volailles rôties et farcies. Le tout est apporté par de jeunesenfants, image de la candeur des premiers âges, chargés de remettre les susdits