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Tome cinquieme.
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LXXXIV
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I.WXIl

LE ROI.

aînée joueraient pour si peu la couronne de saint Louis, connue on disait en cetemps-là? Le moyen de jamais croire que le roi Charles X , si bon, si aimé, si ho-noré de tous, noble cœur, charmant esprit, roi chevalier, roi des meilleurs joursde l’histoire, s’abandonnerait ainsi lui-même à ces tristes hasards qui peuventeompromellre toutes les monarchies ? Ainsi firent-ils cependant. Les insensés! lesmalheureux! ils jouèrent à pile ou face celle monarchie si vieille, qu’elle enétait vermoulue. M. de l’olignac tenait en l’air l’écu de six livres, à l’eftigie deLouis XVI , sur lequel fut jouée celle grande partie ; seulement sur la face de cetécu une main invisible avait gravé la tête de Louis-Philippe 1 er , et sur le reversle drapeau (ricolore. Ainsi donc, dans ce jeu formidable d’une pareille monar-chie, les dés étaient pipés. C’est qu'aussi il y a des choses qu’il ne faut pas remettresur le Lapis quand une fois la Providence vous les a données ou rendues, car cesont là de ces inestimables présents qu’elle ne fait pas à deux fois.

Vous savez le coup de foudre des trois jours de juillet 1850, et comment tombatout d un coup cette monarchie bienveillante, dévouée, iuolïensive, à qui la France ingrate avait dû quinze années de gloire, de liberté, de repos, d’une fortuneincroyable. Elle fut brisée avec la joie insensée que mettent des enfants à bri-ser nn jouet qui leur plaît et qui les charme. Quant à la révolution de juillet, c’està qui maintenant en écrira l’histoire, comme si cette histoire nous l’avions oubliée,nous autres les témoins oculaires. Allez dans le palais de Versailles et dans les plusbelles salles, aux places que Louis le Grand lui-même réservait à sa personne et à sagloire, vous retrouverez représentée ad vivum celte révolution bien-aimée. Le roine l’a pas faite, il est vrai, mais il l’a adoptée avec transport. 11 en sait le commence-ment et la fin. Il en dit tous les mouvements et toutes les péripéties. Il a compté lespavés soulevés; il sait les noms de tous ceux qui l’entouraient, de tous ceux qui onttravaillé au nouveau trône ; il se rappelle avec joie ce vif triomphe, ces jours de pous-sière, de soleil, de désordre, de victoire, de clameurs triomphantes, de sentimentsgénéreux, d’éclat souverain. Il a encore sous les yeux cette noble foule couverte depoussière, ces ouvriers, ou plutôt ces héros qui se battaient, — par besoin du dan-ger, par amour de la victoire; il revoit ses enfants (et surtout à celte heure de deuilet de douleur, il se rappelle son fils aîné, l’orgueil et l’honneur de sa maison)accourant autour de leur père, et la foule entrant au Palais-Royal en chantantl’hymne ressuscité des jours de 89. Or, tant que le roi se souviendra de celte his-toire de juillet 1 850, personne ne peut l’oublier en France , caries uns s’en sou-viennent avec des larmes de regret, d’autres avec des chants de triomphe. Cepen-dant, avant de faire l’histoire du roi de la révolution, attendons qu’il y ait un roi ;il faut que la France le reconnaisse et le désigne. Ces heures d’interrègne sont ter-ribles et douloureuses pour une nation bien faile. A qui obéir? D’où nous viendral’autorité? Comment faire pour que, parmi ces trente-deux millions de rois quecontient la France , chacun se résigne à abdiquer en faveur d’un seul? Entre ladynastie qui s’en va et la dynastie qui arrive, entre le noble vaincu de Cher-bourg ; entre ce roi si grand dans la défaite, si grand, si calme, si touchant,qui retourne dans l’exil d'un pas aussi ferme «pie si le château des Tuileries était