i. !■: roi
I.XXAV
encore au bout du voyage ; en Ire le roi sacré il Reims et le roi improvisé au Palais-Royal , quel abîme I Cependant on crie : Vive le roi! par nécessité, par souvenir,par habitude, par instinct d’une société qui ne veut pas périr. Vive le roi! On abeau dire, ce sera toujours en France un cri sauveur. A ce cri vainqueur, la France de 1850 s’apaise, l’Europe se calme, les vieilles monarchies sont moins tremblantes;la bourgeoisie, heureuse et lière de sa victoire dernière, se renferme dans ses re-tranchements; le peuple, heureux de s’être bien battu, revient à ses travaux dechaque jour; les grands seigneurs du mois’passé, les noms illustres, ceux quiportent d’une noble façon et la tête haute les grands noms de la vieille France ,se retirent du bruit et du mouvement de la vie publique pour y rejeter leurs en-tants plus tard, ou bien pour y rentrer eux-mêmes, quand la patrie française aurabesoin de leur conseil ou de leur épée. Dans cette France bouleversée de fond encomble, tout recommence au cri de : Vive le roi! Alors arrive, et c’est alors véritable-ment que cette royauté s’établit et commence, arrive Casimir Périer , le premieret le plus courageux ministre de la révolution de juillet. Le premier soin de Casi-mir Périer, ce fut. d’exiger que le roi quittât le Palais-Royal pour venir habiterle château des Tuileries . — « C’est l'a, disait-il, la véritable demeure du roi. Sur ceseuil formidable la royauté commence; allons-v. » Mais à cette proposition d’unhomme dont la volonté ne connaissait pas d’obstacle, le roi (et cependant il n’étaitpas encore dans l’entier exercice de son nouveau pouvoir) répondit tout d’abord parun refus formel. Quoi donc! abandonner ainsi son toit domestique, ce Palais-Royal qui était à la fois sa maison et la plus riche boutique du monde ! quitter cesvastes salons remplis des tableaux qu'il aimait ! renoncer a ces promenades aé-riennes sur ces vastes galeries, ou plutôt sur ces jardins suspendus d’où il sem-blait dominer tout le vice, toute la fortune et toute la corruption parisiennes!Perdre ainsi son droit de bourgeoisie, et changer son foyer domestique contre lepalais d’un roi vaincu! C’était impossible, disait le roi. Le Palais-Royal étaittrop rempli de souvenirs qui lui étaient chers et précieux. Dans ces salons qu’onlui propose d’abandonner si brusquement, il avait jeté, avec la plus calme et laplus intelligente persévérance, les fondements de sa propre grandeur -, cette mai-son avait été ouverte â tous les mécontents d’esprit, de talent, de génie ou decourage dont la restauration s’inquiétait jusqu’à l'injustice; là, dans ce nid bruyantet pourtant peu soupçonné de sa royauté, sa sollicitude paternelle avait élevé, Dieu sait avec quels soins ingénieux, toute cette jeune et belle famille qui était, sanscontredit, les plus beaux diamants de sa couronne. Il tenait au Palais-Royal par instinct, par souvenir, par piété filiale, par vanité de propriétaire, par amour-propre d architecte et d’artiste. Là, il avait été roi chez lui, avant que d’être roi desfrançais; là, il avait formé tant d’amitiés précieuses; il avait refait sa fortune pri-vée tout en s’occupant de la fortune . . ; il avait reçu le peuple de juillet en
lui tendant la main et en chantant: Allons, enfants de la patrie! il avait été lepremier bourgeois et en même temps le premier gentilhomme de Paris . Aussi nevoulait-il pas quitter le Palais-Royal . Le roi rêvait encore à ces premiers jours devoyante, que sa maison n’élait gardée que par un portier, et qu’il pouvait se pre-