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Tome cinquieme.
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LXXXIX
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LE KOI.

I.XXXJX

Ainsi la vie du roi se passe à étudier le malin, a réfléchir dans la nuit sur lesémotions de la journée, a se défendre tout le jour lui-même ou 'a se gagner desamitiés, car il ne dédaigne pas une amitié de son royaume. Il faut que l'ouvrierqui passe, ou le pair de France qui l’aborde, s'en aillent contents du roi. Safamiliarité est noble et franche. Son bon sens est exquis, sa sévérité même esttempérée par une affabilité qui n’est qu’en lui. Il a en horreur l’odeur du tabac, elil trouve que dans un château royal cette fumée est abominable ; mais, comme toutle monde fume aujourd’hui, il a trouvé une certaine façon de s’en plaindre quin’offense personne. IJn jour, M. le maréchal Lobau arrivait tout imprégné de lafumée d’un corps de garde. « Tenez, dit le roi, on dit que j’ai une volonté, etpourtant je ne puis empêcher mes valets de pied de fumer dans mon antichambre,et ça me gêne. » Il aime à se voir entouré de visiteurs, de solliciteurs, de gens quivont au loin ou qui en reviennent, et il est bien rare qu’il ne leur parle par très-couramment dans leur propre langue ou qu’il n’ait pas vu lui-même tous cespays-là.

De midi à trois heures il est occupé à recevoir qui veut lui parler. Il a poul-ies uns et pour les autres des encouragements , des exemples et des conseils.Comme il a subi les fortunes les plus diverses, il peut dire lui aussi : Nihilhuniani a me alienum; et il parle à chacun son langage : à l’artiste, de ta-bleaux et de statues; au fabricant, d’ouvriers et de machines; aux politiques,de M. de Metternich, de l’empereur de Russie , de tous les hommes qui mènentle monde; et il affecte, quand il en parle, d’être plein de courtoisié, car il saittrès-bien tous les mauvais propos qui parlent des cours de l’Europe contresa personne ; mais il s’en console en pensant que, sans lui, les cours de l’Europeauraient d’autres occupations que la médisance et la calomnie. Son érudition estvaste, sa mémoire formidable, son abord facile, son regard imposant. Qui veutbien le voir n’a qu’à se rendre aux Tuileries les jours de réception solennelle.On entre très-facilement en donnant son nom à la porte, en mettant un petit boutde broderie à son habit. D’abord Sa Majesté fait le tour des salons, disant à chacunedes dames invitées un petit mot bien tourné, parlant à chacune son langage, et Dieu sait s’il faut changer à chaque pas de question el de langage! Puis à leur tour leshommes passent devant le roi : et alors il relève la tête, son regard se pose survous, il vous domine de toute sa hauteur. Vous avez beau, en ce moment-là, payervos 500 francs d’imposition el être capitaine dans la garde nationale, (oute voireIraction de royauté s’en va et s’efface, vous restez seul devant le roi, et vous com-prenez, chose étonnante! qu’il y a en effet quelqu’un au-dessus de vous dans cepays de l’égalité et de la liberté.—Ce sont là les joies du roi, mais il n’abuse guèrede sa majesté ; pour peu qu’on l’ait reconnue, il se rend aimable : il aura élé roipendant tout le dîner, par exemple ; mais a peine le dîner fini, le roi sort de table,"on pas comme faisait l’empereur pour que ses convives affames fassent comme'"i, mais pour aller visiter les jardins, les constructions, les échafaudages. 11 aimeavec passion tout ce qui est le plâtre, la chaux, le fer, le bois de chêne, le ciseaufi t I équerre. Il grimpe à l'échelle du maçon, que c’esl plaisir. Il n’es! pas d’éclia-v. /