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Tome cinquieme.
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CIV
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r.iv

LE ROI.

pas, parce qu’il était habile; les autres ne l'aimaient pas, parce qu’il était heu-reux .

Au contraire, la reine fut facilement aimée. Depuis l’infortunée, et si belle etadorée si longtemps, Marie-Antoinette d’Aulriche, reine de France, la France n’a-vait pas eu de reine. File avait aimé quelque temps l’impératrice Joséphine , maiselle l’avait bientôt oubliée comme une femme aimable et bonne, et qui n’était pasfaite pour le trône. Elle avait eu pour son impératrice l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, mais jamais elle n’avait pu se faire à la hauteur allemande de cettecaptive de l’empereur; quand l’empereur fut vaincu, jamais la France ne pardonnail l’impératrice Marie-Louise son indifférence pour cette héroïque infortune et lamisérable insouciance avec laquelle cette femme n’attendit pas la mort de son maripour se jeter dans les bras d’un courtisan autrichien. L’impératrice Marie-Louise est restée atteinte et convaincue du crime de félonie et de trahison envers Napoléon le Grand, l’élu de Dieu et le favori du peuple ; le peuple de France a craché surla mémoire de cette femme, et il l’a enveloppée dans l’oubli de son mépris. Ainsidonc le trône était veuf depuis trente ans au moins. Restaient, il est vrai, dansl’avenir deux reines qu’on aurait acceptées, l’une avec respect, l’autre avec joie :madame la duchesse d’Angoulôme et madame la duchesse de Berry ; celle-ci austèreet sainte entre toutes les femmes, celle-là élégante et vive, et très-heureuse d’clreFrançaise ; l’une, qui méritait le trône par la grandeur de sa naissance, par la ma-jesté de ses vertus, par l’étendue de ses malheurs; l’autre, qui l’a mérité à forcede zèle, de dévouement et de courage. Madame la duchesse d’Angoulême repré-sentait à merveille la grande dame de la royauté d’autrefois. Sa voix était brève,son regard superbe, son maintien sévère, son geste calme et solennel. Ilélas! c’é-*’ taient les larmes qui avaient desséché ce froid regard oii la bonté admirable de cetteâme si belle, si pure et si résignée ne pouvait plus se montrer ! Madame la duchessede Berry, au contraire, vif esprit, joyeux regard, affable sourire, âme bienveillante,ne demandait pas mieux que de plaire et d’être aimée. L’horrible mort de son mari,assassiné par cet abominable Louvel, avait jeté sur celle princesse un intérêt tout-puissant : madame la duchesse de Berry n’avait été occupée qu’a élever pour le trônece bel enfant que déjà cherchaient tous les regards. Elle avait aimé et encouragé tousles beaux-arts; pas un peintre malheureux, pas un poète, pas un sculpteur ne s’a-dressait en vain a Madame. Elle avait pour axiome que les princes de la famille royaleétaient faits pour acheter les mauvais tableaux, et comme elle le disait, elle lefaisait. Entin elle donnait des fêtes brillantes, elle avait un théâtre, le Gymnase ,et un poète comique, AI. Scribe , qui faisaient la joie universelle; elle entraînaitaux bains de Dieppe, chaque année, tout le Paris de la richesse et de l’élégance ; ellese mêlait incessamment à nos joies, il nos bonheurs, h nos plaisirs : les pauvresl’appelaient: la bonne duchesse. — Mais la veuve de M. le duc de Berry ne pou-vait plus être reine de France, madame la duchesse d’Angoulême était notrereine pour l’avenir, et, disons-le, malgré ses vertus, l’austérité de cette prin-cesse, la conscience de ses malheurs et de nos crimes envers elle, sa profondedouleur à certains anniversaires de sang et de houle, au 21 janvier, par exemple,