LE ROI.
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cette heure abominable dans l’histoire des peuples modernes, nous faisait redoutermadame la duchesse d’Angoulême pour notre reine. — Devant elle nous étionstristes, abattus, découragés, nous sentions en nous-mêmes quelque chose qui res-semblait au remords.
Ainsi donc, quand madame la duchesse d’Angoulême , arrivée à ce sommet au-guste de la grandeur et de l’infortune, eut suivi jusqu’à la fin le roi son père; quandmadame la duchesse de Berry, que devaient protéger de leur jeunesse, de leurinnocence, de leur bon droit, ses deux nobles enfants, eut été enveloppée dans cetexil d’où elle est revenue avec un grand courage, pour s’exposer, l’imprudente ! àtous les hasards d’une guerre civile, la France s’estima heureuse de rencontrer, pourl’entourer de ses hommages et de ses respects, une reine comme elle l’avait rêvée.Pieuse sans austérité, bienveillante et ferme à la fois, qui n’avait pas de crimes à nousreprocher, à qui nous n’avions a pardonner aucune faiblesse, une femme d’un âgemûr, mais cependant assez heureuse et assez jeune pour se mêler à nos joies etpour lescomprendre ; — aussi loin de l’esprit morose que de la vie dissipée ; — aussià l’aise dans le monde qu’heureuse dans l’intérieur de sa maison ; telle a été satrès-douce , très-clémente et très-gracieuse Majesté Marie-Amélie . Après quoi onl’a aimée pour ses enfants, pour ses bienfaits, pour sa grâce parfaite ; — on l’a aiméeaussi pour sa piété, pour ses belles manières, pour sa majesté tempérée par sa bien-veillance; on l’a aimée enlin pour sa résignation, pour son courage, pour ses dou-leurs cachées, pour les larmes qu’elle ne pouvait contenir, pour les larmes qu’ellea répandues en silence, pour ces cruelles misères qui lui tiraient du fond de l'âmeces exclamations touchantes : Grand, Dieu qui m’avez repris une fille chérie! j’aiune fille de moins, vous avez un ange de plus dans le ciel ! — O mon fils! j’étaistrop fière de lui, et Dieu me l’a ôté! On l’a aimée enlin pour ces terribles angoissessans cesse renaissantes, quand il fut bien convenu qu’à chaque instant, le dernierassassin en haillons et couvert de lèpre pouvait tirer à bout portant sur le roi sonépoux. Alors la cause de cette pauvre couronnée fut la cause de toutes les femmeset de toutes les mères, et ainsi, malgré sa modestie, sa vie cachée, le soin scru-puleux avec lequel la reine évite les regards, elle devint populaire en France ;elle eut mieux que les honneurs de la popularité, elle en eut tous les bénéficeset toutes les bénédictions.
A côté, ou plutôt de l’autre côté de la reine, pour aimer le roi et pour veiller surses jours, se trouve à chaque instant la sœur du roi, madame Adélaïde . Elle est lebon génie de la famille royale, mais un de ces bons génies qui ne se reconnaissentqu’à leurs œuvres. Élevée avec le roi, et, comme le roi, au milieu des pressenti-ments et des tumultes d’une révolution ; libre de bonne heure à force de misèreset de souffrances, pauvre, exilée, sans autre appui que son frère l’exilé, madameAdélaïde est mieux que la sœur du roi, elle est son frère. Jamais, dans sa vie, ellen'a rencontré à son gré un plus beau gentilhomme, un courage plus sincère, unplus honnête cœur. Son frère est tout pour elle : son ami et sou roi ; il lui a servide père qu’elle était bien jeune encore et orpheline, et elle l’a appelé Monseigneurquand on lui disait à peine citoyen. Pendant longtemps madame Adélaïde a vécu ina-
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