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Tome cinquieme.
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L’Ali Mh’K.

fleurdelisé de la monarchie antique, et les trois couleurs de la jeune génération!Que de brillantes journées depuis Tolbiac jusqu’à Mazagran I Que de guerriers illus-tres depuis Charles Martel et Roland jusqu’aux renommées récemment écloses sousle ciel d’Afrique ! L’agent le plus énergique de la civilisation européenne a été l’ar-mée française. C’est elle qui, dans les premiers siècles du christianisme, a repousséles Goths ariens, les Sarrasins, les Saxons; c’est elle qui a constitué l’unité natio-nale en conquérant successivement la plus grande partie de notre territoire actuel ;c’est elle qui a prodigué son sang pour consolider l’édifice nouveau de 1789, etqui, battant en brèche les royaumes, a promené du Tage à la Moskowa les éten-dards de la révolution.

Aujourd’hui que le continent est provisoirement pacifié, que les haines nationalescouvent sous la cendre, que l’Algérie seule retentit du bruit du canon français, l’ar-mée est-elle moins digne d’attirer nos regards! Non, sans doute. Tôt ou tard elle doitavoir un rôle immense à accomplir; tôt ou tard des laves doivent jaillir du volcanqui semble assoupi. Il y a dans la politique européenne des nœuds gordiens que lefer seul peut trancher. Tant de théories hostiles sont en présence, qu’un jour l’ac-tion succédera nécessairement à la pensée, la guerre à la d’ ' e, l’épée à laplume. Préoccupés des chances d’une collision plus ou moins prochaine, nos légis-lateurs votent sans hésitation des sommes considérables pour l’entretien des troupes,et l’armée, prête à répondre au premier signal, préludant par l’étude aux opérationsstratégiques, attend avec calme le moment d’attaquer ou de repousser l’ennemi.

L’esprit militaire a été certainement modifié par la prolongation de la paix. Lepaysan que le sort arrache à la glèbe, l’ouvrier condamné à troquer sa veste contreun uniforme, ne s’accoutument pas si facilement qu’autrefois à leur nouvelle desti-née. N’étant surexcités ni par l’enivrement de la victoire ni par l’espoir de l’avan-cement, ils acceptent le service comme une pénible nécessité. Enlevés à leurs fa-milles, a leurs occupations, à leurs amours, comment ne se sentiraient-ils pas glacésen entrant dans ces sombres casernes, qui ne sont plus comme jadis l’antichambredu champ de bataille? Comment ne regretteraient-ils pas la maison paternelle enpénétrant dans ces lourds et tristes édifices où se meut, avec une inflexible régu-larité, une masse d’hommes silencieusement agitée? On a vu parfois la douleur desjeunes recrues poussée jusqu’à la nostalgie. Les engagements sont de plus en plusrares, et les hommes, calculant jour par jour avec impatience le temps qui leurreste à faire, s’empressent, au bout des sept années, de regagner leurs fermes ouleurs ateliers, n’emportant de leur existence de caserne que des souvenirs d’amou-rettes passagères et l’habitude enracinée de boire sans soif. Serait-ce que tout en-thousiasme belliqueux est mort, que les bras sont ankylosés par le repos, qu’une in-différence glaciale a remplacé l’ardeur des volontaires de Fleurus et des grenadiersde Marengo? Non pas! souvenez-vous de 1850. Alors on ne demanda pas de quelœil les souverains étrangers verraient ce bouleversement inattendu ; on ne se préoc-cupa point de la sentence que prononcerait leur puissant tribunal. On cria : A lafrontière! on chanta la Marseillaise, les enrôlements volontaires se multiplièrentavec une ferveur qui rappelait les jours où les hérauts criaient par les places que la