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Tome cinquieme.
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L’A RM Eli.

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pairie était en danger. Il semblait qu’on n’eût qu’a étendre les mains pour saisird’un côté la Belgique et les provinces rhénanes, de l’autre la Savoie et l’Italie . LaFrance était prête a déborder sur le inonde. Et récemment encore, quand des bruilsde guerre circulèrent dans la foule, quand une imprudente étincelle ralluma le bra-sier des haines nationales, il n’est pas un soldat peut-être qui n’ait rêvé de la gloirepassée et de la gloire future.

Dans le mouvement instinctif qui emporte le Français vers les batailles, il y a seu-lement intermittence. Les pulsations se ralentissent, mais le cœur bat toujours.Voyez plutôt la conduite de nos troupes il Alger : qu’on transplante en cette coloniesi chèrement acquise, si laborieusement conservée, des bataillons qui végètent aufond d’une province, et qui sentent le renfermé, aussitôt leur apathie disparaît. Ilsfrémissent, ils s’agitent, ils aspirent au combat, ils se ruent sur les Arabes; ni leclimat, ni les fièvres, ni les marches forcées, n’amortissent leur vaillance réveilléed’un lourd sommeil. Ce ne sont plus des laboureurs qui regrettent leur village, desartisans pressés de reprendre leurs travaux interrompus par la conscription , ce sontdes soldats, ce sont des héros. Ils reviennent en France transformés, retrempés par-la victoire, éprouvés par les dangers, rapportant comme de saintes reliques leursdrapeaux dentelés par les balles, et ils tressaillent de joie quand le peuple dit, en lesvoyant défiler : « Voici les vainqueurs de Mazagran ! voici les compagnons de Chan-garnier, de Galbois, de Cavaignac, de Lelièvre et de Lamoricière ! »

Le défaut d’occasion est donc la seule cause de l'inertie apparente de nos troupes.Le repos n’est point leur état normal, et elles y sont gauches et mal à l’aise. Que laguerre éclate, et elles solderont les arrérages d’une activité comprimée, tandis queceux qui ont combattu en Afrique mettront dans la balance des combats le poidsde leur expérience et de leurs succès !

Si la paix a refroidi l’esprit militaire, elle a aussi permis de maintenir dans l’ar-mée cet ordre immuable, cette régularité de mouvement auxquels l’agitation desguerres porte toujours atteinte. On pourrait la comparer à une belle statue merveil-leusement organisée sous le rapport mécanique, et qui, au moindre souffle inspi-rateur, va se mouvoir et marcher. L’héroïque grognard de l’empire était un peupillard, entre nous. Il avait pris assez de villes, gagné assez de batailles, reçu assezde blessures pour avoir ses licences; il se croyait au-dessus des pék'tns de toute lahauteur de son dévouement a l’Empereur ; il obéissait à son chef quand le chef étaitprésent, et se dédommageait sur le bourgeois de cette soumission forcée. Il n’y avaitpour lui qu’un noble métier, celui des armes. Quiconque ne portait pas le fusilpassait alors pour incapable de s’en servir. La vieille garde eût dit volontiers, pa-rodiant l’axiome catholique : hors l’état militaire point de salut.

De nos jours, l’armée ne se considère que comme une fraction de la grande fa-mille ; elle a le sentiment de ses devoirs envers ses concitoyens, elle n’entretientpoint de folles idées de domination par le sabre et de suprématie de la force. Ellea abjuré toutes les hérésies oppressives d’une époque où la guerre avait cesséd’être un moyen pour devenir un but.

Lorsqu’un incendie, un sinistre, ou des travaux d’urgence réclament les secours