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Tome cinquieme.
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L’ARMEE.

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des troupes d’une garnison, elles offrent leurs bras, elles exposent leurs vies avecun dévouement fraternel. Jamais la moralité des troupes n’a été meilleure qu’aujour-d’hui. Les rigueurs draconiennes dont le Code militaire est hérissé sont presquemises au rebut, comme de vieilles armes rouillées. Nos soldats n’ont pas besoind’être domptés par la crainte, comme des Autrichiens, des Anglais ou des Russes .L’idée du knout les révolte, non-seulement parce que ce supplice offense leur di-gnité, mais encore parce qu’il leur semble inutile. Leur sens droit leur fait com-prendre l’utilité de la discipline, et ils s’y soumettent par raison comme les étran-gers par terreur. Malgré la pétulance du sang français, de graves délits ne troublenlque de loin en loin l’ordre général. Le seizième régiment de ligne a compté en uneannée quatorze cents hommes sans punition. Quand la peine de mort est prononcéepar les conseils de guerre, elle est presque toujours commuée ; et tel est le bon es-prit des troupes, qu’on peut se dispenser d’exemples terribles, et montrer impu-nément de la clémence. La diminution des désordres et celle de la force répressivesont des faits corrélatifs dont le premier engendre naturellement le second.

L’armée est presque un peuple dans le peuple. Ce vaste corps, tiré de la masse,a son mouvement particulier, son existence indépendante; il accapare les soinsjournaliers d’une administration immense, a la tête de laquelle est le ministre dela guerre, assisté du comité de la guerre et de la marine *. La législation militaire,composée d’une multitude de décrets, de lois, d’arrêtés, d’ordonnances, de déci-sions royales, est presque aussi considérable que la législation civile, malgré l’iné-galité proportionnelle du nombre des soldats, comparés au reste de la population.Une magistrature exceptionnelle connaît des crimes et délits militaires; mais, quoi-qu’elle semble si nettement séparée de l’ordre polilique, l’armée s’y rattache parl’application de tous les principes fondamentaux de nos institutions. Elle reflètenotre organisation sociale, et la devance même sous certains rapports. La loi durecrutement qui appelle au tirage tous les Français âgés de vingt ans est une desconséquences de l’égalité. « Cette loi fut portée, dit le général Foy, pour être dansles siècles le palladium de notre indépendance ; loi excellente, quand même elle neserait pas nécessaire, parce qu’en mettant la nation dans l’armée, et l’armée dansla nation, elle fournit à la défense des ressources inépuisables. »

La loi d’avancement 2 , en déterminant la quantité relative des grades qui sontdonnés a l’ancienneté ou laissés au choix du roi, a provoqué souvent des récrimi-nations motivées par des passe-droits injustes. Telle qu’elle est cependant, elle re-connaît aux plus obscurs soldats le droit de s’élever aux plus brillants emplois. Nousne sommes plus, grâce au ciel, au temps où la roture de Fabert était un obstacle 'asa promotion. Si tous les soldats n’ont pas de bâtons de maréchaux dans leurs gi-bernes, si la faveur influe encore sur l’avancement, du moins la naissance a cesséd’être la condition sine quà non de la première dignité militaire. Tandis qu’en

* L'exactitude des documents donnés par l'Annuaire militaire ( p. t à (S) nous dispense d'entrer dans dolongs détails sur l'organisation du Ministère de la guerre.

3 10 avril <832. Collection de Duveigier, t. XXXII. 1833.