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point ; aucun corps de l'armée n’est moins homogène ; la camaraderie y est presquenulle ; n’étant jamais réunis en troupes, membres du seul corps dont le cadren’admet point de soldats, les officiers d’état-major n’ont point d’occasion de frater-niser. Le frottement du monde use les nuances distinctives de leurs caractères, sansqu’une existence commune les empreigne d’une couleur uniforme. Chacun d’euxsuit isolément sa route, allant où la Fortune l’appelle, sans s’inquiéter du sort deses collègues.
L’ordonnance du 25 février 1855 exige que tous les officiers d’état-major, avantde parvenir an grade de capitaine, servent deux ans dans l’infanterie, et deux ansdans la cavalerie ; elle ajoute qu’ils pourront être envoyés à la suite, pendant uneautre année, dans l’artillerie ou le génie ; mais cette condition facultative n’est jamaisaccomplie. C’est dans les régiments d’infanterie et de cavalerie que débutent leslieutenants d’étàt-major, et ils.auraient sans doute des droits à la reconnaissancedes officiers dont ils allègent le service. Ceux-ci pourtant, les ingrats ! n’éprouventque de l’envie à l’égard de leurs confrères provisoires. « Heureux jeunes gens! sedisent-ils; de brillantes missions leur sont réservées; ils parviendront vite et sanspeine, tandis que nous végéterons obscurément. »
Isolés par leur position, les lieutenants d’état-major délaissent la société desofficiers de troupe qui les jalousent, pour se lancer dans le monde, où ils brillentpar leur élégance, leurs grâces, leur sémillante galanterie; ils peuvent être, auxtermes de l’ordonnance institutive, distraits des corps dès l’expiration de la secondeannée, si l’on juge leur présence utile ailleurs : aussi mettent-ils tout eu œuvre pourquitter le régiment dans le plus bref délai, ou y rester du moins comme capitainesà la suite.
Les officiers d’état-major enrôlés dans la brigade topographique obtiennent gé-néralement d’être affranchis du stage dans les régiments. La loi les en exempte dansle cas où ils montreraient une capacité spéciale pour les travaux géodésiques* ; etavec quelques protections ils démontrent sans peine qu’ils sont prédestinés à latopographie par leurs dispositions naturelles.
La brigade topographique travaille assidûment, depuis un temps immémorial, àcet ouvrage de Pénélope, appelé la carte de France . Les membres qui la composentpassent la belle saison a la campagne, autant pour faire des levées à la boussole ,que pour jouir des plaisirs champêtres et de l’hospitalité des châteaux. Quiconqueles verrait dans la plaine, avec leurs cartons, leurs crayons, leurs instruments demathématiques, les prendrait pour des artistes, sans les éperons jaunes dont leurshottes sont invariablement armées. C’est tout ce qu’ils conservent de leur uniforme,momentanément échangé contre une blouse et un chapeau de paille. L’hiver lesramène à Paris ; ils rentrent au ministère comme les abeilles à la ruche, rapportantpour butin des plans ébauchés qu’ils achèvent de rendre dignes de celte magnifiquecarte de France , qui, dans son ensemble, doit éclipser celle de Cassini.
( Ordonnance du 2." lévrier (SS", litre llï.arl. 12.