L'ARMÉE.
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frères d’armes au tombeau, laissant pour tout héritage le souvenir de sa loyauté,elles végètent tristement dans une solitude forcée. En vain leur père avait achetéle droit de vivre eii exposant mille fois sa vie, elles sont redevenues ce qu’ellesauraient été s’il n’avait jamais quitté la chaumière de ses ancêtres, d’humbles ou-vrières qu’on délaisse, tout en les plaignant.
Ce n’est point dans les cercles, où il s’ennuie, c’est chez lui qu’on peut observerle commandant de place. En pénétrant dans son salon, vous vous concilierez toutd’abord sa bienveillance, si vous faites l’éloge du portrait qui le représente en granduniforme ; c’est l’œuvre de sa fille aînée, élève de la maison royale de Saint-Denis .Remarquez dans un coin ce coffre de bois cerclé de fer, qui renferme les clefs des po-ternes, vannage, écluses, aqueducs et autres ouvertures de la place. Les clefs des portesqui s’ouvrent chaque jour y sont déposées le soir, chacune dans un sac de cuir, surlequel le nom de la porte est inscrit. Si le temps est beau, le vieux soldat sera dans lejardin que lui prête le gouvernement ; vous l’apercevrez sous une tonnelle, dépouilléde tous ses insignes, vêtu d’une blouse, cachant sous un large chapeau de paille sescheveux taillés en brosse, a la mode de la vieille. 11 fume philosophiquement sa pipe,et épie d’un regard paternel la végétation de la salade et des choux qu’il a plantés.
Souviens-toi qu’Apollon a bâti des murailles,
Et ne t’étonne plus que Mars soit jardinier.
A la parade, il a changé de face : revêtu de son grand uniforme, droit et robustecomme h vingt-cinq ans, portant avec orgueil une décoration obtenue après dixans de campagnes, il paraît fièrement devant le front des troupes de la garnison,et les soldats s’écrient en l’admirant : « Dieu de Dieu ! ça devait faire un fameuxtroupier ! »
Les commandants de place ont sous leur autorité des majors chargés de dirigerles détails de service a Thionville, Strasbourg, Besançon, Lyon, Toulon, Brest, Lille ,Bayonne, Perpignan, Alger et Constantine . Dans les autres places fortes, les fonc-tions des majors sont remplies par les seuls adjudants. Les secrétaires-archivistess’occupent de la correspondance et de l’expédition des ordres. Tous les soirs, uneheure après la fermeture des portes, ils font un relevé des rapports de tous lesportiers-consignes sur les étrangers entrés dans la place. Même en temps de paix,quand ils ne tiennent pas la plume au conseil de guerre, ils ont à rédiger desvolumes de rapports, états et situations ; rapport général quotidien, registre duservice de la place ; situation détaillée qu’on envoie tous les cinq jours aux com-mandants de la division et du département ; état mensuel des déserteurs, état desextinctions survenues dans l’ordre de la Légion d’honneur et dans l’ordre de Saint-Louis ; rapports trimestriels sur la conduite des troupes; états des corps de garde,des marrons de chauffage et d’éclairage, des officiers et employés logés dans lesbâtiments militaires. Les secrétaires-archivistes sont nécessairement les plus lettrésde l’état-major des places, et, comme tels, ils coopèrent souvent a la rédaction dujournal de la localité.