L'AIUI EK.
casemates, etc. Esclave de ses devoirs, il ne peut coucher hors des barrières, nifranchir de jour le rayon d’investissement sans l’autorisation ad hoc du comman-dant de la division. Toutes les feuilles de route, toutes les permissions qu’accordentles chefs de corps sont visées par lui. Les demandes et réclamations des retraitésdomiciliés en la place sont transmises au ministre par son intermédiaire, et avecl’expression de son opinion personnelle sur l’objet de la pétition. Deux rapportsqu’il expédie journellement, l’un au commandant de la division, l’autre au maré-chal de camp, rendent compte de la réception des lettres, des mutations de troupes,du passage des maréchaux de France, généraux, ambassadeurs, préfets, princes etautres personnages marquants ; du prix courant des grains, de tous les événementsenfin qui peuvent intéresser le service. La tranquillité publique, la bonne harmo-nie entre les citoyens et les soldats dépendent de sa sagacité. 11 doit baser sa con-duite sur une connaissance approfondie du caractère des habitants et de l’esprit dela garnison, et se concerter avec les autorités civiles pour faire observer les lois,line autre connaissance qui ne lui est pas moins nécessaire, c’est celle de la place.Il en prévoit sans cesse l’attaque, il en étudie les ressources; il sait comment pré-venir la disette de vivres et de munitions ; il connaît le nombre d’hommes en étalde porter les armes ou de servir comme ouvriers ; il a déjà rédigé son plan dedéfense, examiné le terrain, désigné à chacun son poste : que les ennemis parais-sent, et les artilleurs seront a leurs pièces, les fantassins aux glacis, les cavaliersprêts à sabrer les assiégeants dans les sorties. Alors le commandant.de place seratransformé en dictateur suprême. Les autorités administratives et judiciaires luiobéiront; les directeurs de l’artillerie et du génie, les sous-intendants militaires,agiront sous sa direction ; il assumera sur sa tête'.la responsabilité de toutes les me-sures. Son avis aura force de loi dans le conseil de guerre, et les officiers supé-rieurs conserveront seulement le droit de constater leur opposition sur le re-gistre des délibérations. Ne sait-on pas que, dans toutes les circonstances difficiles,pour les forteresses comme pour les empires, le seul moyen de salut est l’unité depouvoir et d’action?
Communément le commandant de place a fait les campagnes de l’Empire, voiremême de la République . Aussi léger d’argent que chargé de famille, contraint parson âge a renoncer à l’avancement, il accepte volontiers un emploi honorable, quiaugmente le taux de sa retraite et l’exempte de déplacements onéreux. Son bonsens naturel compense son défaut d’instruction théorique ; il parle peu, mais avecune correction suffisante, qu’on ne retrouve pas toujours dans son orthographe.Ses mœurs de bivouac ont été tempérées par la fréquentation des hautes classes,flans le monde, il ne joue pas, et accepte rarement des invitations que sa positionpécuniaire ne lui permettrait pas de rendre. Il appréhende la dépense, et craintpour ses filles le sort de celles de son prédécesseur. Pauvres orphelines ! ellesavaient en partage la jeunesse, la beauté, la vertu, cette trinité de trésors célestes ;tant qu’a vécu leur père, elles ont vu tous les salons s’ouvrir pour elles, tous lesjeunes gens les entourer d’hommages ; elles ont été conviées a toutes les fêtes, à tousl«s bals, à tous les plaisirs, et maintenant que leur unique soutien a retrouvé sesv.