L’ARMÉE.
Il)
Des emplois d’aumôuiers sont annexés au service de l’état-major des places deParis, de Bitche, de Porquerolles, de Fort-Royal (près Cherbourg), et de Bellegarde .Nous ignorons par quel favorable hasard ces ecclésiastiques ont échappé seuls a laproscription qui a éloigné de l’armée tous les membres du clergé. Les aumôniersdes régiments ont été supprimés en 1850, victimes d’une réaction contre les enva-hissements de l’autorité cléricale. Quelques-uns sans doute s’étaient aliéné l’espritdes soldats par des tracasseries inopportunes, des exigences minutieuses, des pré-tentions tyranniques ; mais l’institution en elle-même était bienfaisante et salutaire.La présence au milieu des camps de ministres d’une religion pacifique pouvaitmodérer l’entraînement de la guerre, réprimer les passions déchaînées, et ouvrirune source féconde de conseils, d’enseignements et de consolations.
INFANTERIE.
C’est dans l’infanterie, composée aujourd’hui de soixante-quinze régiments de ligneet de vingt-quatre d’infanterie légère, c’est dans cette nation des camps, comme a ditM. de Barante , que nous examinerons le soldat; mais n’attendez de nous ni analysedes règlements, ni description des uniformes. Les lois et ordonnances régulatricesdu service intérieur ont été consignées dans des livrets qui sont entre les mains detous les officiers; quant aux uniformes, Y Annuaire militaire les indique en détail,sans omettre ni retroussis, ni passepoils, ni pattes de parements, ni soulaches, nibrides d’épaulettes. Nous nous estimons donc heureux de pouvoir vous faire grâce deces explications techniques, pour vous entretenir des mœurs militaires et de l’aspectdes casernes.
Observons d’abord un régiment en bataille : les trois bataillons sont placés surune seule ligne ; les fusils étincellent au soleil comme les barreaux d’une grilled’argent. Le bleu foncé des habits fait ressortir l’éblouissante blancheur des buffle-teries. La garance des pantalons forme, au-dessus du sol, comme une longue bar-rière écarlate. En avant, au milieu, chevauchent le colonel, le lieutenant-colonel etle commandant du premier bataillon, ayant à leur droite les tambours, les sa-peurs, la musique, les clairons des voltigeurs, tout le belliqueux orchestre dontles vibrations retentissantes surexcitent et soutiennent les courages. A la droitede chaque bataillon sont les grenadiers', reconnaissables à leurs épaulettes de lainerouge, à leurs sabres-poignards, aux mouches dont leurs mentons sont parés. Cesont des soldats d’élite, qui servent depuis six mois au moins, et auxquels leurbonne conduite et leur taille 2 assurent cinq centimes de haute paye quotidienne,•a garde d’honneur du drapeau, et l’exemption des corvées autres que celles de la
1 Appelés carabiniers dans l'infanterie légère.1 1 mètre 7S cenlimètres.