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L’ARMÉE.
le service de semaine en remplacement d’un oflicier absent, porte l’épaulette desous-lieutenant, et touche la solde de lieutenant en second.
Les olûciers n’ont avec les soldats que les relations nécessitées par le service. Ilsvivent hors de la caserne, ayant leurs salles, leurs cafés, d’où le vulgum pecus estsévèrement exclu, leurs amusements particuliers. Ils planent dans une sphère su-périeure, et leurs subordonnés les contemplent d’en bas avec une vénération cor-roborée par la crainte de la salle de police.
« Tout militaire, disent les règlements, depuis le simple soldat jusqu’au gradele plus élevé, doit, en tous lieux et en toute occasion, le respect aux grades qui luisont supérieurs. Le grade inférieur prévient toujours le grade supérieur par le salutd’usage. Le supérieur doit rendre le salut.
« Le salut doit se faire militairement, et en regardant la personne, c’est-à-direqu’il faut porter vivement la main a sa coiffure, la paume en dehors et contre lavisière, le coude presque à la hauteur du poignet. Si un officier passe à portée, ilest de la bienséance que l’inférieur se tourne de son côté pour le saluer. »
Ces marques extérieures de respect ne donnent pas toujours la mesure de celuiqu’on porte réellement aux officiers. On se venge d’abord de cette déférence obliga-toire, en les affublant de sobriquets plus ou moins baroques. Cet adjudant au crânepelé est connu sous le nom de Tête-de-Veau, et ce corpulent major sous celui dela Grosse Bombarde. Une verve cicéronienne et une éloquence à l’avenant ont valuace capitaine l’épithète physico-morale de Poireau le Blagueur. Bras de fere st unbrave et inflexible commandant; le Juif appartient a la communion hébraïque;Giberne examine l’arsenal aux cartouches avant toute autre partie du fourniment ;Bas la Chique est un vieux lieutenant qui retire délicatement sa chique de sa bou-che pour adresser la parole aux dames. Une malice impitoyable, spirituelle parfois,découvre et résume en une désignation les ridicules des supérieurs.
Quand un chef est d’une sévérité exagérée, on le maudit, on l’appelle chien, ondébite sur son compte, dans l'intérieur des chambrées, une multitude d’inventionscalomnieuses, que les sous-officiers feignent de ne pas entendre. Une longanimitébonasse n’a pas moins d’inconvénients pour un officier ; elle l’expose au mépris et àla raillerie. Un bon officier n’est ni grue ni soliveau. Sévère avec justice, digne avecaffabilité, il fait respecter son rang sans hauteur, évite de punir, et, par des répri-mandes opportunes, remet dans le devoir ceux qui s’en écartent.
Quoique le logement soit dû aux officiers dans les bâtiments militaires, il est d’u-sage qu’ils reçoivent une indemnité, et se casent en chambres garnies. Dans cer-taines villes, on leur assigne un domicile chez des bourgeois, où ils s’impatronisent,devenant dépositaires des secrets de la famille, participant à ses plaisirs, égayantses repas, dirigeant les parties, inspirant de l’estime aux parents et des sentimentsplus tendres aux demoiselles de la maison.
Les officiers ne partagent point la chétive pitance des soldats. Les capitaines,adjudants-majors et trésoriers dînent ensemble; ensemble les lieutenants et sous-lieutenants : de sorte que des rapports de fraternité ne dérangent jamais l’ordrehiérarchique.