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Tome cinquieme.
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L'ARMÉE. 27

En arrivant clans une garnison, les officiers dépêchent l’un d’entre eux à la dé-couverte d’une pension. 11 se inet en campagne, et trouve au café des Officiers unelettre rédigée par un de ceux qui viennent de s’éloigner. On lui recommande de nepas s’adressera madame***, dont l’humeur est maussade, la cuisine abominable etle garçon impertinent. Désireux de vérifier les faits de visu, le fondé de pouvoirs serend 'a la pension indiquée, s’aperçoit que la fille de l’hôtesse a des yeux charmants,e t demeure convaincu que les assertions du correspondant officieux sont de la der-nière fausseté.

Trois ou quatre hôteliers sont, dans chaque ville, en possession du privilège denourrir les officiers, moyennant 40 a 50 francs par mois. Les dépenses devraientdre basées sur les appointements de l’officier le moins élevé en grade, mais cet ar-l 'cle du règlement est rarement observé. Un officier pauvre rougirait de s’autoriserde son peu de fortune pour contraindre ses collègues a des festins au rabais.

La conversation est naturellement plus grave, plus sérieuse, plus calme, dansles pensions de capitaines que dans les autres. On s’y entretient assez fréquemmentde la théorie, des règlements, des grands drames militaires de l’empire, dans les-quels on a joué un rôle honorable ou éclatant. Les lieutenants jasent des conquêtesamoureuses, qui les dédommagent de celles qu’une tranquillité trop générale leurinterdit. De nombreux paris égayent la fin du repas, et permettent d’ajouter a l’or-dinaire quelques bouteilles de champagne. Le jeune lieutenant rit bruyamment,cajole la servante, tutoie et plaisante le garçon. Ainsi, lorsque les mets ne seront pas°lïerts assez vite a l’appétit des convives, il lui dira d’un ton goguenard :

« Si tu ne veux pas nous servir, donne-nous de l’argent; nous irons ailleurs. »

Et pour faire l’éloge de la soupe : « Ton potage est excellent, tu m’en garderas unePortion pour mon dessert. »

Il serait difficile de dire comment, avaut l’invention des cafés, les officiers usaient* étoffe dont la vie est faite. Sans le billard, les cartes, les cigares et les causeries, les Pleen britannique envahirait infailliblement les états-majors français . Depuis quel-1 Ues années, de jeunes officiers se sont créé des récréations moins prosaïques. Ils011 1 invoqué contre l’ennui le secours des beaux-arts, de la peinture, de la sculpture,des études littéraires. Nous en savons qui enrichissent de leurs œuvres la presse pé-""dique ; d’autres dont les tableaux paraissent avec éclat dans le sanctuaire des expo-sons ; d’autres entre les mains desquels s’animent le marbre et l’argile. La statuetted un clairon des chasseurs a pied, si admirée à l’étalage des marchands de bronzeParisiens , est d’un lieutenant du 50 e régiment de ligne.

Les officiers en masse sont abonnés au spectacle ; presque tous louent des livres,Iîla ' s c ’est moins une distraction qu’une formalité pour certains grognards, parvenus^■ace a l’ancienneté de leurs bous et loyaux services, en dépit d’une éducation in-suffisante. La maîtresse d’un cabinet de lecture disait un jour a l’un de ces vieuxaves : « Désirez-vous vous abonner au roman ou à l’histoire?

A l’histoire, répondit-il après quelques instants de réllexion. Donnez-moiictor ou l'Enfant de la forêt . »

Gardons-nous de railler le vieil officier, parce qu’il ne sait parfaitement que son