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LE G A R1) K NATIONAL.
breuses, les ouvriers à métier, les pianos, les chiens et les cors de chasse.— Lui- C’ eslpossible ; mais d’abord j’ai tous les avantages de l’impopularité unie au pouvoir ; J esuis craint et flatté; moii service au poste est des plus agréables; enfin, vous rirezsi vous voulez, mais j’ai la conscience de la sainteté de ma mission. Elle consiste,-en effet, à faire échouer autant qu’il dépend de moi, par une recherche minulieusedes récalcitrants, cette flagrante conspiration des classes riches a se débarrasser surles classes moyennes des ennuis du service. Et vous avez voulu, voisin, me f aireexpier mon œuvre de justice et d’égalité par une consigne... — Moi. Qui a été levefljsergent; n’en parlons plus.
Notre entretien ayant ainsi pris une tournure des plus amicales, le sergent, g ar 'çon d’esprit et de belle humeur, continua a justifier en fort bons termes ses pénibte sattributions. « La garde nationale, me dit-il, a trois catégories d’ennemis que je sur-veille avec une prédilection toute particulière : les légitimistes, les riches et les g® nSde lettres ou artistes ; les premiers, par haine pour la révolution de juillet et ses in-stitutions; les seconds, par suite de leur conviclion qu’ils doivent exercer tous tesdroits et ne remplir aucun devoir ; les derniers, parce qu’ils craignent de rencontre*au poste leur bottier ou leur tailleur.
« Pour les uns et les autres je suis sans pitié; je fais peser sur eux une éterneépée de Damoclès ; je les surprends dans leurs fêtes, dans leurs plaisirs, dans teur striomphes; partout je leur fais lire en traits de feu le Mane thecel phares de la g arnationale. Oh ! si j’étais secondé, si les conseils de recensement tenaient ferme contrele prestige des hautes positions... Mais il n’en est pas ainsi, et bientôt, je le crain s ;l'impôt du service pèsera exclusivement sur la classe marchande.
« Comme ces conseils n’ont pas pour l’aristocratie intellectuelle le même fa*que pour celle du nom ou de la fortune, j’ai carte blanche pour courir sus apremière, et je m’en donne a cœur joie. Mais rien de plus difficile a incorpo reIque l’homme de lettres. Nomade par habitude ou par nécessité, on le trouve pl uSsouvent dans la rue, escortant ses pénates portés par le commissionnaire,dans un domicile ayant les conditions voulues par l’article 102 du Code civil' >après une chasse de plusieurs années, nous réussissons à le traquer, il l al *accumuler sur sa tête condamnation sur condamnation ; puis, au moment supr e ’vous le verrez se prosternera deux genoux devant la prérogative royale, P° ultenir un pardon qui ne lui est jamais refusé. L’élite de notre littérature seainsi d’amnistie en amnistie, plutôt que de se courber sous le joug de la l° ld’endosser l’uniforme. » ^ at])[
Ici nous fûmes interrompus par un camarade, qui, me regardant de la tele cettepieds avec un sérieux fort comique, au moins pour les deux tambours q ue ^scène muette paraissait égayer beaucoup, me fit l’honneur de me demau<te r ^nom de 1 ’arliste qui avait présidé à ta coupe de mon superbe uniforme.ponse se faisant attendre, le spirituel camarade rejeta son bonnet sur 1 ° r ^ geSm’envoya, toujours aux applaudissements des deux tambours, une bordée de g r (facéties sur ma tournure militaire, puis se retira enchanté de lui-même, fredon**un rataplan et marchant au pas troupier.