LE BAS-BLEU.
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elle quand, une fois a bout de toutes choses, il se trouve qu’elle a épuisé toutes sortesde malversations, de vices, de parjures, d’obscénités? — Eli ! que voulez-vous qu’elledevienne? Elle devient une femme de lettres. Elle envoie acheter à crédit une bouteillede ce venin qu’on appelle de l’encre, une douzaine de ces poignards qu’on appelledes plumes, et aussitôt elle se met à l’œuvre. Que va-t-elle faire, la malheureuse ? Eh 1'lue voulez-vous qu’elle fasse, sinon continuer avec d’autres outils son ancien métierd’abominations et de souillures? Que voulez-vous qu’elle fasse, sinon jeter çà et l'a dansUiille pages obscènes les baisers et les coups de bâton entassés sur son corps, lafange et la honte entassées dans son âme? Ce qu’elle a vendu toute sa vie dans les bou-doirs ou dansles tavernes, elle le vendra encore dans ses livres; elle vendra l’honneur,Uonpasle sien, qui n’a jamais vécu, mais l’honneur de quiconque l’a approchée, mêmede loin, mais la bonne renommée de quiconque s’est souillé rien qu’à toucher sonJupon. Avec autant de soin que les autres créatures humaines, quand elles approchentde la tombe,se mettent à oublier les égarements de leur vie, avec autant de soins etde scrupules celle-là se met à se rappeler les crimes, les prodigalités et les folies'nsensées de sa jeunesse et de son âge mûr ; elle remonte à sa quinzième annéePour retrouver derrière la borne un vil monceau de fleurs fanées ; elle ramasse,Un à un, tous les lambeaux de sa vie, elle les entasse dans sa hotte, ou, si vousaimez mieux, dans son livre; elle n’oublie rien, ni les nappes tachées de vin, niles fragments d’épée tachés de sang, ni les vieux os rongés dans les festins, ni lesManteaux déchirés dans l’orgie, ni les pères de famille qu’elle a ruinés, ni les mèresQu’elle a réduites au désespoir, ni les jeunes gens morts pour elle, ni les pauvresfemmes que son exemple a perdues. A la porte des hôtelleries et des tavernes ellec °mpte le nombre de ses amants ; à la porte des hôpitaux elle compte le nombrede ses victimes. Ne la dérangez pas ! ne la dérangez pas ! elle est en train de fou-la 1, une dernière fois, à ses pieds, le courage, la beauté, la jeunesse, l’innocence,f or des riches, l’amour des pauvres, la pudeur des vierges, le repos des femmes•Uariées. Ne la dérangez pas! elle est en train d’entasser dans une vingtaine defdocs in-8° toutes les impuretés, toutes les infamies de sa vie, non pas certes pourbattre le feu à ce bûcher d’immondices, mais au contraire, pour revendre à beauxdeniers comptants tout cet abominable ramassis. Ainsi, pour me servir d’uneenei 'gique expression de l’Apôtre , cette femme revient à son vomissement et ellele mange. Elle n’a pas d’autre caisse d’épargne que celle-là, la malheureuse. Labtalheureuse ! voilà comment elle compose ses Mémoires, voilà avec quels maté-r, aux elle élève cette obscène et imprenable citadelle de ses crimes passés. Cette"•suite publique à l’honneur d’une nation se continue pendant trois ou quatre an-llees ; après quoi, n’ayant plus rien à dévorer, il faut bien que cette misérable•heure de faim, faute d’une infamie à mettre sous la dent. Mais, chose étrange!aussitôt qu’elle est morte, et uniquement parce qu’elle a donné cet impérissableVandale, cette femme, dont on jette le cadavre aux gémonies, prend sa place, etu Ue place importante dans la bibliothèque nationale. Là, elle est représentée parSes livres au milieu de cet immense congrès des plus nobles et des plus chasteses Pt'ils. L’histoire littéraire est forcée d’enregistrer le nom de cette demoiselle dans