Band 
Tome cinquieme.
Seite
248
JPEG-Download
 

248

LE TAILLEUK.

Moins heureux peut-être que tous ses confrères, le tailleur d'étudiant passe toutesa vie à espérer; or, en Normandie on sait que ce mot espérer veut dire attendre-Renvoyé presque toujours à des payements lointains et peu sûrs, le digne hommeen prend son parti; seulement vous le voyez l’œil aux aguets comme un chat toutesles fois qu’il s’agit d’un événement pour sa pratique. A la veille des examens de drodou de médecine, il va trouver son jeune homme et lui demande s’il est ferré. Cott>m edu succès ou de l’insuccès d’un examen dépend l’envoi des fonds paternels, le ta ’*'leur éprouve durant ces trois heures mortelles de la thèse toutes les angoisses ol’étudiant lui-même. Alors la boule noire lui apparaît comme un horrible véto lancecontre son propre mémoire ; s’il habille l’un des examinateurs, il cherche a 1 > n "lluencer. « M. Auguste ou M. Ernest est un charmant jeune homme, dit-il au sévèreprofesseur, il se brûle le sang sur les cinq codes. M. Athanase l’olvcarpe se dessècheet se racornit sur ses livres de médecine ; depuis un an il a maigri de cinq pouce»d’entournure pour ses habits. » Ainsi argumente le pauvre tailleur qui ne voit <l llCtrop l’épée de Damoclès suspendue sur l’étudiant lutin familier des bals de Sceau *ou de la Chaumière. Mais aussi quand il a passé sa thèse avec des boules blanches»quelle douce satisfaction pour le tailleur, quel éclair de joie répandu sur lui ! H °' abore scrupuleusement le soir le mémoire qu’il lui présentera le lendemain, il P t>s< ^dans la balance de sa justice le prix d’un bouton, d’une reprise. Pendant ce temP sl’étudiant dîne aux Vendanges, et on lui répète le Laureâ donandus ApoH ll,a1d’Horace. Quand l’infortuné tailleur se présente le lendemain, son créancier est p alpour sa province, oit il va lui-même chercher a désarmer le courroux d’un oncle 011d’un père qui s’attendrira devant ses lauriers.

Finissons par foi, mémorable béros d’une persécution aussi acharnée qt ,e cedes calvinistes, par toi que l’un de nos préfets (alors il n’était que vaudevilli ste 'tourmenta si longtemps pour des cheveux que tu n’avais plus! par toi qui cuffl ll * eSh la fois les fonctions de tailleur et de portier, comme si ce n’était point assez d ul 'martyre! Éveillé le matin par le balayage impérieux de la cour, lu quittes le ba| alpour le ciseau, et frémis en trouvant sur ton unique table des gilets et des bah |lsmorcelés en vingt endroits. A peine viens-tu de te courber, le fil entre les dents, 1 a1 ^guille a la main, sur ce quotidien travail, qu’on frappe à la porte, et que le facteurdemande trois sous pour une lettre. Ta loge étroite et dans laquelle il tombe un j° 11si douteux ne contient que toi, ta femme et ton cbat; or ta femme babille sansvailler, ton chat griffe tes habits, et les décout. Coiffé d’un bonnet de coton, a

pyramidal que l’obélisque, tu lis alors le journal de tes locataires, et tu as la

doulc'"'

d’y voir figurer d’insolentes annonces de tailleurs, toutes plus superbes et pluspliantes les unes que les autres. Toi cependant n’es-tu pas aussi un artiste, *billes-tu pas d’après un patron plus d’une célébrité? Le fait est réel, il Y a l ' es „ rqui ont trouvé plus commode de se faire habiller par leur porlier : voilà un * aqui ne court pas, qui est à vous, et que vous avez sous la main ! Drapé dans sa ^ , pcomme beaucoup d’autres, il pourrait moitié sur sa porte : Parlez au tal ^ C '"^ relaisse l’humble annonce : Parlez au concierge! Son unique vengeance est de ^attendre à la porte, passé minuit, les locataires assez dédaigneux pour oublu