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Tome cinquieme.
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LE TAILLEE K.

bien compris toute l’influence de notre état. En effet, lel se voit accusé d’impolitesse pour n’avoirpas rendu un salut, lorsqu’il fallait accuser une emmamchure trop basse, ou un dessous dt brastrop ècidé. Tel autre, sur le point de se voir possesseur d’une belle et riche héritière, voit ma»'quer son mariage parce qu'il ne pouvait se baisser sans danger et ramasser le bouquet de sa belle»jeté à terre à dessein par un rival. Que d’orateurs modernes ont manqué d’éloquence à la tribune,seulement parce que leur habit les gênait à l'entournure ! Que de réputations de gravité certainshommes d’élat n’ont dû qu’à la hauteur de leur colle! ! et si M. de Metternich a obtenu de sibrillants succès diplomatiques, croyez-moi, c’est par l'importance qu’il a toujours attachée à l acoupe gracieuse de scs habits '.• •

• Ainsi, monsieur, le tailleur, toujours le tailleur, partout le tailleur, avant_fout.

« Si j'arrive maintenant aux notions qu’il doit posséder, nous verrous qu’il faut qu’il se con-naisse en draperie, en soierie, en toile, en tricot, en broderie ; car il emploie drap, soierie, toile,Iricotet broderie; qu’il soit bon administrateur, qu’il sache apprécier le travail des ouvriers,coudre, se servir de la patte mouillée *, du passe - carreau *, du six-francs, et donner le coupde fer au besoin. Il faut qu’il se connaisse en finances et en opérations de banque, car il luitoujours de l’argent pour payer exactement, et je vous ai dit qu’il en reçoit peu de ses pratiques'Il faut qu’il sache par quel mobile il peut séduire tel client 4 , comment enlever celui-ci à un rival»retenir celui-là, faire une concession et quelquefois aussi une impertinence à propos. Enfin, en dé-pit de toutes ces difficultés, il doit avoir l’esprit assez libre pour donner l'essor à son génie inven-tif, afin d’avoir chaque saison un vêtement nouveau (et parfaitement inutile) à livrer à l'admira-lion de la foule 5 . Voilà le tailleur, monsieur.

« Un homme s’est rencontré réunissant toutes ces qualités, et vous jugerez de son intelligence su-périeure et de sa connaissance profonde du cœur humain sur ce seul fait, que ses employés avaientordre de donner le titre de comte à tous ses clients. Aussi quelle vogue ! ! ! Comparez à cet hommeles nouveaux tailleurs, ils n’ont plus que de l’indifférence, presque du dégoût pour leur noble pro-fession ! Lui, fier de son étal, s’en parait comme de son plus beau titre de gloire, et ne craignaitpas de courir les rues avec un paquet sous le bras quand il le fallait. Aujourd’hui, comme vous ledites, ces messieurs ont voitures et chevaux anglais ; un domestique porte à l’avance l’habit qu’ü sviennent essayer eu gants jaunes et en bottes vernies : ils ont les épingles les plus belles, les cannesles plus riches ; ils se mêlent d’admirer les statues, les tableaux, parlent d’arts et fout des habits q u >vont en dépit du sens commun ! ! !

« Cela me fait pitié! et j’aime mieux l’obscurité de ma loge! Adieu, monsieur!...

« Votre concierge, André Magloike,

« (Élire de Cote/). »

‘ Ici M. lUagloire devient politique. Nous avons dû retrancher deux ou trois phrases qui auraient peut-être, par leur crudité, compromis nos rapports diplomatiques avec l’Orient.

1 La patte, mouillée est un morceau de toile ou de soie trempé dans l'eau et qui sert à empêcher lelustre de se former quand on presse un habit.

* Le public avait ^eut-ètre ignoré jusqu à présent pourquoi chez Franconi un tailleur s'appelait P as 'carreau. Nous sommes forcés de rétablir la véritable orthographe de l’affiche : Passe-carreau. Le passe-carreau est un morceau de bois sur lequel on unit les habits ; il a presque détrôné le six-francs.

4 Quelques tailleurs emploient l'expression de raser.

5 Nous trouvons cette note dans une correspondance inédite sur les beaux de Londres :

« Il n’y a réellement pas de vêtement inn lile pour un homme à la mode. Lecomte d’Orsav préten(pie s'il faut par jour quatre paires de gants de différentes couleurs, il faut également quatre espèc esd'habillement... Lors même qu'un dandy aurait l'habitude de se lever à trois heures, ne lui faut-il pas l 1 ' 1 '”d'un vêtement du matin? ne peut-il pas lui arriver d'être forcé de sortir un jour à neuf heures ? s'habjj"lera-t-il comme à trois heures? et s'il a un duel, mettra-t-il le même frac (pie s'il se rendait au parc? Slle fait, je le déclare hautement, c'est un homme abîmé de réputation.