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Tome cinquieme.
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LA PREMIERE AMIE.

sais bien qu’on n’est pas le maître île son cœur, etque d ailleurs les hommes ne peu*vent pas aimer comme les femmes. Mais je ne veux pas que vous passiez devantmoi sans me regarder et sans me parler, ça me ferait trop de chagrin. »

Cette femme-là sera la première amie de l’ouvrier; les circonstances, la néces-sité, l’obligeront peut-être à devenir l’épouse d’un autre, mais son cœur ue se don-nera pas une seconde fois; et quand celui qui l’a possédée aura besoin d’elle, üla Irouvera en tout temps, à toute heure, prête à lui prouver son dévouement.

Four les étudiants, pour les commis marchands, enlin pour tous les jeunes gensqui n’ont qu’un revenu fort modeste et ne peuvent dépenser près du beau sexeque du sentiment, de l’esprit et de l’amabilité, ne le devinez-vous pas, la premièreamie, c’est la griselte ; la grisette ! celte femme qui est a la fois si folle, si gaie, slvive, si légère, si tendre, si romanesque, si mélancolique, si passionnée; cettefemme multiple, qui fait dans une journée cent sottises et autant de bonnes actions,qui vend son châle pour aller dîner chez le restaurateur, et met ses robes en gag epour acheter du pain à sa voisine; qui dépense en une soirée le fruit de huit joursde travail, et veillera plusieurs nuits de suite pour secourir une pauvre mère ma-lade. Cette femme, mélange bizarre de vertus, de vices, de sensibilité, de caprices,de malices, d’inconséquences, de rires et de larmes; qui fera deux lieues pour unmorceau de galette et refusera de dîner chez son oncle ou sa tante; celte femme

enfin qui passe à chaque instant du plaisir à la peine, du bien-être à la gêne , 1

du

pain sec il l’omelette soufflée, et qui donnerait dix ans de sa vie pour savoir bu ’ 11danser la caclmcha.

La grisette aussi est susceptible d’aimer sincèrement ; nous en avons des exempies. On les compte, à la vérité, mais enlin il y en a. El quand son cœur s’est donneentièrement à quelqu’un, il n’est aucun sacrilice dont il ne soit capable po l "prouver son amour. La mort même ne l’effraye pas : la grisette est toujours P l 'ê’ ltà accepter avec son amant un petit plongeon dans la rivière, ou une soirée de cha'bon avec privation complète de courant d'air. Il lui est plus pénible de renonce 1 1son amour et de se contenter de n’êlre plus que l’amie de son perfide, c’estson dernier sacrifice, c’est le plus grand qu’elle puisse lui faire.

Devenue première amie de l’étudiant, la grisette qui aimait tant le plaisir?spectacle, la danse, passera toutes ses journées, ses nuits, s’il le faut, à travaillepour payer les dettes de celui qui n’est plus que son ami, pour l’empêcher d a ^ een prison, quelquefois même pour lui acheter un remplaçant.

Ainsi, dans toutes les classes de la société, l’homme peut avoir une première am ,e ^

De telles femmes ne sont point rares en ce pays ; car chez nos aimables frança^la gaieté et la frivolité cachent souvent une sensibilité profonde et vraie. Les P°anciens immortalisaient leur amie en mêlant son nom à leurs vers. GrâceàTtbu ^à Properce, à Ovide, à Catulle , les noms de Délie, de Cinthie, de Corinne el _Lcsbie passeront à la postérité. De notre temps sans doute beaucoup demériteraient le même honneur : nous avons la prepiière amie, mais pe spn 1poêles qui manqueiit

Ch.-Paul de Kock