280 LE SERGENT DE VILLE.
position, et trop souvent il a rougi de sou habit pour ne pas comprendre votrerépugnance.
Le sergent de ville en France remplit les mômes fonctions que le policemnn aLondres . Sa charge exige qu’il veille au repos des citoyens, b la sécurité de laville, et sous ce rapport on n’a rien b lui reprocher.
Mais la s’arrête la ressemblance. Le bâton des policemen ne sert qu’à la défensedes citoyens, l’épée du sergent de ville s’est trop souvent rougie du sang françaisdans les émeutes. La mission du policeman est toute pacifique, celle du sergenlde ville peut devenir hostile. L’agent anglais n’est chargé que de la municipalité,le nôtre malheureusement est des premiers a servir les passions politiques dupouvoir.
Ce n’est pourtant pas de gaieté de cœur que le sergent de ville se précipite au-devantdes barricades : ce devoir assurémentlui répugne autant qu’a tout autre soldat;mais comment pourrait-il s’y soustraire? S’il fuit devant le coup de feu du prolé-taire, ses camarades ne sont-ils pas derrière lui pour jeter b son inaction l’épithètede lâche? s’il déserte dans une sainte indignation les drapeaux du pouvoir pour semêler aux rangs du peuple révolté, qui donnera plus tard asile à sa famille, quidonc viendra tendre une main secourable à sa femme et nourrir ses enfants? Lachance n’est pas égale des deux côtés. Une pension est accordée par l’état b la fa-mille du soldat mort au service ; la misère est réservée b la veuve, aux enfants del’homme frappé au sein de l’émeute. Le sergent de ville ne peut qu’obéir aveuglé-ment aux ordres qu’il reçoit; aux chefs seuls on peut demander compte du sangversé. Il fauta tout gouvernement, despotique, constitutionnel ou républicain,une armée pour se faire respecter par les puissances étrangères, des soldats pourarrêter une effervescence populaire à l’intérieur. Qu’ils se soient appelés hier gen-darmes, qu’ils se nomment aujourd’hui gardes municipaux ou sergents de ville, de-main soldats du peuple, ils n’en seront pas moins toujours soumis au pouvoirrégnant et prêts a le défendre contre le peuple, qui fournit dans tous les temps àses chefs et l’argent et les verges.
Autant la police municipale est belle, utile ; autant la police en matière politiquedevient dégoûtante et révolte le cœur. La plus grande faute des préfets, c’est d’a-voir employé le sergent de ville dans les émeutes, c’est d’avoir méconnu la policemunicipale et d’en avoir fait un instrument de plus au pouvoir. On a sali le sergen 1de ville depuis dix ans, comme la restauration traîna dans la boue l’uniforme dela gendarmerie. La tâche du sergent de ville était de protéger les citoyens, de lc sservir, de les défendre ; dès lors on pouvait le rendre populaire. 11 fallait que cethomme pût traverser paisiblement l’émeute, sans que les révoltés pensassent b I etraiter en ennemi. Il devait veiller à la tranquillité de la cité, comme les sapeurs-pompiers veillent aux incendies. Pourquoi lui avoir fait ce mauvais rôle? PoU r 'quoi les préfets de police ont-ils oublié son caractère tout municipal? Le peupleaurait encore confiance en lui, il lui prêterait secours, et ne le maudirait pas enle repoussant avec mépris de ses rangs.
Armand DtJRANTlN.