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Tome cinquieme.
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LE JESUITE.

naires, des fautes qu’elle partage avec eux, tirent de ses livres des passages qu'ilsmutilent ou qu’ils altèrent, et dirigent contre elle seule les bouillantes attaques queméritaient sans doute les doctrines de meurtre précitées par quelques-uns de sesdocteurs, mais que le malheur des temps avait semées dans tous les esprits. Pas-cal, ce calomniateur de génie rassemble toutes ses forces pour les perdre. Ils ex-citent toutes les révoltes, ils dirigent tous les poignards; les ligueurs d’hier, ani-més d’une fidélité nouvelle, font retomber sur eux tout le poids d’une révolte danslaquelle ils combattaient a leurs côtés. Déclarés complices de Jean Châtel , ils sontchassés du royaume, et une pyramide est élevée pour publier la honte de leur nom.Enfin, les princes, épouvantés par un ordre qui semble menacer leur pouvoir, seliguent contre lui, et ces religieux, tour à tour expulsés de tous les Etats où ils s’é-taient introduits, flétris par trente-sept arrêts d’exil, cités au tribunal du saint-père, sont pour un temps abolis, en 1775, par une bulle que Clément XIV avaitméditée pendant longtemps dans le silence et dans la prière 2 ; mais, appeléscomme des instruments de civilisation par Frédéric, le roi philosophe, protégés parla schismatique Catherine, et tolérés par le pontife qui fermait les yeux sur leurexistence 3 , ils conservent dans le Nord un asile, d’où bientôt ils reviennent solli-citer leur rétablissement d’un autre pontife.

Tant de persécutions, tant de combats livrés contre une société religieuse, nosauraient être sans raison, et a quelques égards, sans justice. Les partis, dans leursinimitiés, peuvent bien accueillir des accusations mal fondées,employer pour vaincredes moyens que l’équité condamne, exagérer les torts et méconnaître les services,mais un infaillible instinct les guide, et leur fait découvrir sûrement les principescontraires qui s’opposent à leur marche. Celui qu’ils traitent en ennemi peut bienne pas être coupable, mais c’est un ennemi, a coup sûr. Qu’il nous soit permisde remonter a la naissance du jésuitisme, de dire de quels pr incipes il est sorti.quelle théorie il devait défendre, quels furent ses progrès et sa puissance, et touts’expliquera : ce passé, plus qu’on ne croit, se confond encore avec notre présent-

Le 51 octobre 1517, un moine saxon, homme violent et atrabilaire, soulevait uneguerre terrible, qui, pendant trois siècles, troubla le monde, et qui, sous une formenouvelle, nous agite encore aujourd’hui. Il faisait placarder a la porte de l’Univer-sité de Wittemberg quelques subtiles propositions de théologie contre la vente desindulgences, et ne voulait que combattre des abus, dont le plus grand vice peut-êtreuses yeux était de profiter aux dominicains rivaux de son ordre; mais les tempsétaient venus où une étincelle allumerait un incendie. L’esprit du siècle était préparepour la lutte, et depuis longtemps les armes de la révolte se forgeaient il la Inouïde la science profane irritée des entraves que la prudence de l’Eglise opposait a sajeune ardeur.

L’audace du moine s’accrut par le succès ; sou orgueil s’enivra au bruit des coups

1 Chateaubriand. — 3 C'est ainsi i|ue s’exprime la bulle de suppression; cependant, des auteurs aeertdites attiraient, contrairement à cette autorité sacrée, (pie le pontife, en la promulguant, céda, bienmalgré lui, aux instances des cours européennes. — s l,a bulle de 1775 ne fut jamais publiée en Russie , cle pape n'insista pas pour qu’elle y fût mise à exécution. (Feller, flioçrfrphic, art* Czeiinikwicz.i